dimanche 23 août 2009

The Vaselines - So chouette

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Kurt Cobain les aimait au point de donner à sa fille le prénom de l'une d'entre eux.

Ok, l'intro est bateau. Mais n'est-on pas obligé d'en passer par-là pour introduire les Vaselines ? L'écrasante majorité de l'humanité ignorait leur existence jusqu'à ce que Cobain s'en empare. L'écrasante majorité de l'humanité les aurait même sans doute oubliées sans lui. En les citant régulièrement comme ses références absolues, c'est à l'univers tout entier que Cobain s'opposait. Sans doute espérait-il inverser le cours de la cascade. Changer les lois naturelles de la musique voulant depuis la Nuit des temps que sauf signature sur une major et prostitution implicite, un petit groupe indé demeure jusqu'à sa mort un petit groupe indé. Lui-même n'en avait-il pas fait l'expérience ? Jamais sans doute on aura vu rockstar si profondément attachée à ses racines indies, maladivement amoureuses de tout ce qui constituait l'inverse absolu de son quotidien. C'est amusant d'ailleurs. Qu'il ait à ce point voulu faire subir à d'autres ce qu'il ne supportait pas. Sans doute Cobain se sentait-il trop seul au sommet.

Les Vaselines, donc. Qui se sont reformées l'année dernière sans que ça traumatise grand monde - il faut dire que c'était déjà la seconde fois. Les Vaselines étaient un des meilleurs groupes de leur temps, sans aucun doute. Le problème c'est qu'à part Kurt Cobain et une poignée de supporters personne ne le savait. Même elles, à vrai dire, n'en étaient pas très convaincues. S'il y a bien une chose merveilleuse dans l'histoire de ce groupe, chose que cette reformation sans vague ni véritable suite ne fait que renforcer implicitement, c'est la manière avec laquelle Eugene Kelly et Frances McKee n'ont jamais sérieusement essayé de faire carrière dans la musique. Après un raz-de-marée comme celui du jeune Kurt C. reprenant 'Jesus Wants Me for a Sunbeam' sur MTV, n'importe quel autre groupe en aurait profité pour empocher le pactole, publier un best of et tourner jusqu'à ne plus avoir de cheveux. Les Vaselines elles ne se sont même pas donné la peine de publier une compile. Ne se sont même pas reformées en 1994 (ça valait bien la peine si c'était pour le faire en 2008 me direz-vous - je suis bien d'accord). Avec la même placidité avec laquelle Eugene Kelly ânonnait vaguement 'Monsterpussy' les Vaselines se sont tassées dans leur coin, ont vivoté dans des projets solos oubliés de tous et n'ont quasiment rien tiré des dithyrambes de leur plus célèbre fan. Mieux encore : la moitié des acheteurs du MTV Unplugged in New York (ça fait du monde) pense que 'Jesus...' est tout simplement une chanson de Nirvana. En fait les Vaselines, ce sont un peu des Pixies qui n'auraient jamais croisé le succès.

Déjà éditée il y a quinze ans sous un autre nom (The Way of the Vaselines) cette compile qui est en fait une intégrale (le groupe n'a sorti que deux EPs et un album) ne devrait pas avoir beaucoup plus de succès. Inégaux en dépit de la petitesse de leur discographie, Eugene et Frances étaient surtout des génies du single jamais diffusé (on exagère à peine). Il faut entendre les 'Son of a Gun', 'The Day I Was a Horse', 'You Think You're a Man'... et se pincer pour croire que ça n'ait jamais eu le moindre succès, alors que ces comptines nonchalantes entre art naïf et lo/fi bébêtes sont juste charmantes. C'est insouciant, parfois touchant, dans l'absolu assez inepte mais tellement... mignon. Tellement chouette...


Enter the Vaselines (1992)


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