vendredi 1 août 2008

I'm a Boy, I'm a Boy...

[Mes disques à moi (et rien qu'à moi) - N°85]  
The Number of the Beast - Iron Maiden (1982)

Il y a deux choses qui ne changeront jamais concernant l'adolescence masculine.

La première est désagréable, ne se soigne que l'âge aidant et fait fuir les filles. On l'appelle acné.

La seconde est désagréable, ne se soigne que l'âge aidant et fait fuir les fills. On l'appelle Iron Maiden.

Si vous n'avez jamais été un adolescent mâle, il est fort possible qu'Iron Maiden ne vous procure aucun effet particulier, sinon une légère irritation à l'écoute de ce mec - Bruce Dickinson - qui chante avec une voix de castra des choses aussi pénétrantes que Cours vers les collines, cours pour ta vie. Dans le cas contraire, en revanche... il est possible que l'écoute des premières notes d' « Invaders » provoque chez vous une réaction chimique étrange : raidissement de la colonne vertébrale, tressaillement de la nuque d'avant en arrière, bras qui se dresse tout seul et double érection de l'index et de l'auriculaire. Si ces symptômes persistent (il est possible qu'ils passent au bout de quelques secondes), pas de panique. Tout va bien, vous n'avez qu'à vous asseoir, respirer et monter le son.

A présent que vous êtes en conditions avouez que ce n'est pas si désagréable que ça : écouter Iron Maiden. On l'a tous fait un jour, certains n'assument plus (c'est-à-dire qu'ils font semblant d'assumer en disant J'ai été fan de Maiden à quatorze ans pour mieux ajouter aussitôt : Mais franchement, c'est la honte), d'autres y sont restés bloqués. Pour ma part je ne sais pas trop... force est de reconnaître que tout n'est pas indispensable dans leur discographie passé 1983 (et plus encore après le tournant de 86 - qui les verra s'orienter vers une musique de plus en plus progressive) et, quitte à être de bonne foi (quelle horreur) je dois bien dire qu'il est devenu rare que je m'écoute du Maiden (disons... rarement plus d'une fois par an). D'un autre côté... d'un autre côté en bon psychopathe que je suis je dois reconnaître que j'écoute chaque nouvel album du groupe avec la passion spielbergienne d'un adulte qui aurait gardé son âme d'enfant et que, plus compromettant encore, il m'arrive même de leur trouver des qualités !


Quoiqu'il en soit seuls les gens de mauvaise foi (Dieu sait qu'il y en a) ou les incurables détracteurs du metal seraient capables de nier que The Number of the Beast est un bon disque - c'est même sans aucun doute un disque essentiel en cela qu'il marque l'apogée d'un courant (le speed-metal) et d'un groupe qui n'auront de cesse de décliner durant les années suivantes (parce que le business, parce que les tournées mondiales dans les stades, parce que les colifichets, parce qu'un penchant naturel pour la surenchère, parce qu'Yngwie Malmsteen... etc).

Le speed-metal, c'est quoi donc ? Quelque chose comme une faute de frappe. Un bégaiement dans l'histoire du rock. Le speed-metal, comme son nom l'indique, c'est du heavy-metal qui va vite. Sauf que bien sûr le heavy-metal ne peut pas aller vite, sans quoi il n'est plus heavy. Vous voyez le problème. Concrètement cela donne donc quelque chose comme du Black Sabbath joué à la vitesse de Motörhead (c'est à dire... du punk - l'histoire officielle semble avoir tout fait pour oublier cette anecdote terrible où Steve Harris se fair recaler de The Exploited parce qu'il porte cheveux longs et blouzon en jean). C'est très efficace pour les productions de 1980-85, de plus en plus poussif par la suite et, dans le cas de The Number of the Beast, c'est absolument grandiose. Fraîchement débarqué de Samson, Bruce Dickinson vient y donner un coup de pouce à un groupe déjà auteur de deux classiques (Iron Maiden et Killers)... et l'association ne manque ni de panache ni de soli. C'est bien simple : il n'y a pas un seul morceau qui soit même moyen, sur ce disque - peut-être le disque le plus important de l'histoire du metal (quelque part entre Paranoïd de Sabbath et Reign In Blood de Slayer). On cherche d'ailleurs encore aujourd'hui le fan de metal qui n'aimerait pas cet album, voire ses auteurs... c'est bien simple : ça n'existe pas. Vous trouverez toujours un fan de pop pour ne pas aimer les Beatles, un fan de punk pour trouver les Sex Pistols surestimés... jamais en revanche vous ne trouverez de fan de metal susceptible de médire au sujet des cavalcades de Steve Harris. L'aïlleul peut se permettre à peu près n'importe quoi - même de monter sur scène en portant un maillot de Zidane. Idem pour Bruce Dickinson et ses pantalons violets. Ces deux là, pour avoir composé le monumental « Hallowed Be Thy Name », sont tout simplement intouchables.

Il faut dire qu'il y a vraiment tout sur cet album. Tout ce qui fait le charme de Maiden (les rythmiques galopantes, les soli qui fusent de tout côté), mais aussi de manière générale à peu près tout ce se qui fera en matière de metal durant les décennies suivantes. De la ballade lugubre ? Demandez « Children of the Damned ». Du riff culte ? Choisissez « The Prisoner ». Des breaks à se damner (c'est le cas de le dire) ? Vous avez le choix entre « Gangland » et « Invaders ». Des hymnes ? « Run to the Hills » et « The Number of the Beast » devraient vous satisfaire. Le metal d'Iron Maiden sur cet album a ceci de fabuleux qu'il réussit à être à la fois agressif et mélodique, puissant et subtil, jamais trop premier degré mais jamais trop con non plus... une espèce d'équilibre parfait que le groupe ne parviendra pas toujours à tenir, mais qui fait de ces huit morceaux les tables de lois du metal contemporain - et sans doute l'album idéal pour quiconque souhaiterait s'initier au genre. Et si durant les années suivantes le heavy se fera tour à tour plus brutal, plus complexe, plus sophistiqué, plus lyrique, plus radical, plus tout et n'importe quoi... aucun album du genre ne viendra jamais surclasser celui-ci. Pour vous dire : même sa pochette est mythique. Entre nous pour qu'une pochette aussi ridicule soit entrée dans la légende, fallait que l'album ait quand même une sacrée classe...


Trois autres albums pour découvrir Iron Maiden :

Killers (1981)
Piece Of Mind (1983)
Live After Death (live / 1985)
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