dimanche 6 juillet 2008

Le Gaucho insupportable - Collector ?

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Ultime recueil de Roberto Bolaño, achevé quelques quinze jours avant sa mort, Le Gaucho insupportable a le charme un peu frustrant des compilations de faces B. et d'inédits de musiciens qu'on révère. Ces disques souvent réussis mais un peu branlants, parcourus de fulgurances rappelant le meilleur de l'œuvre en question, ces disques qui parfois même ne proposent que de très grands morceaux mais qui manquent trop de liant pour atteindre le génie d'œuvres plus abouties.

Si la question est ici moins évidente, puisque c'est Bolaño lui-même qui composé ce recueil (et non son éditeur), le résultat est à peu près similaire. A savoir que Le Gaucho insupportable, assemblage de sept petits textes assez éparses, affiche son manque de cohésion au bout d'une cinquantaine de pages (en gros : au moment où l'on entame la troisième nouvelle et où les disparités de niveau sautent aux yeux) et aurait sans doute gagné à être retravaillé par l'auteur s'il avait vécu assez longtemps pour le faire. Ainsi les deux mini-essais placé en fin de recueil, notamment Les Mythes de Cthulhu, véritable manifeste de théorie littéraire, ne sauraient être justement appréhendés par quelqu'un n'ayant jamais lu l'un des ouvrages majeurs de Bolaño (Nocturne au Chili , Les Détectives sauvages ... le choix est vaste). On se demandera même avec un certain scepticisme ce qu'un lecteur découvrant l'un des plus grands écrivains contemporains pourrait bien retenir du Gaucho insupportable, sinon que la plume est sublime et la vision du monde particulièrement désenchantée... rien, sans doute : car le texte éponyme mis à part la majesté de Bolaño n'est pas si éclatante qu'à l'accoutumée (surtout si l'on met ce recueil dans la même balance que son époustouflant prédécesseur Des putains meurtrières, tout à fait cohérent et solide - lui), son humour féroce étant d'ailleurs souvent aux abonnés absents. Bien entendu c'est très facile à dire quand on sait que l'auteur était à l'agonie ou pas loin, il n'empêche : un texte comme Le Policier des souris, allégorie aussi amusante que déjà vue, projette l'image troublante d'un Bolaño fatigué - ou disons un Bolaño petit bras devenu un bon écrivain quand on l'a connu presqu'intouchable. 

Une déception, donc ? Non, pas complètement. Car Le Gaucho insupportable contient, comme on le disait plus haut, d'incroyables fulgurances : les Deux contes catholiques (par exemple) happeront irrésistiblement le lecteur de par leur puissance d'évocation et leur audace formelle. Quant à la conférence Littérature + Maladie = Maladie, elle constitue à ce jour le seul essai théorique bouleversant jamais publié. Simplement, l'ensemble boitille, et le plaisir de lecture avec (sauf à pratiquer une lecture picorante, ce qui demeure sans doute l'idéal).


👍 Le Gaucho insupportable 
Roberto Bolaño | Christian Bourgois, 2003