mercredi 13 février 2008

Jamais sans ma chronique !

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La Paresse décomplexée

Depuis le temps que ça traînait, fallait bien que ç’arrive un jour. Vous m’avez vu venir, je glissais de plus en plus vers cela au fil des mois… bah voilà : nous y sommes. Je me lance dans les éditoriaux. Ce qui est assez rigolo, c’est qu’en fait j’en écrivais déjà il y a des années, sur un blog qui n’existe plus. La boucle est bouclée ? Aaaaaaaah : ouf, j’en vois déjà un ou deux qui froncent les sourcils ! Le mot régression apparaît sur les lèvres de mes plus chaleureux soutiens (souteneurs ?). C’est que depuis que certains m’ont proclamé écrivain, depuis que mes pairs me lisent, me tapent sur l’épaule ou me dispensent de judicieux conseils, depuis que Christian Sauvage m’adresse des odes toutes les deux semaines et que certaines lectrices sont à deux doigts de me violer quand je sors de chez moi… on attend désormais de Thomas Sinaeve aka Thom qu’il persiste et signe. Qu’il enfonce le clou avec une nouvelle série, un roman, un scénario pour Scorsese voire un Nobel. On voudrait qu’il s’adonne désormais principalement et même uniquement à l’art, on est exigeant avec lui.

(sympa ce petit passage à la troisième personne, pas vrai ? Vous avez vu comme ma thérapie avance bien ?)

Bref : d’aucuns voudraient bien (je le devine) m’interdire de m’adonner à mon plus grand plaisir : la facilité. Eh bien je vais vous dire, puisqu’on est entre nous : je les emmerde. La facilité, c’est quand même ce qu’il y a de plus beau dans la vie. La facilité c’est émouvant, c’est touchant, c’est universel. Osons le dire franchement : la facilité est trop souvent mésestimée de nos jours. En ces temps de culte de la performance et de la méritocratie, la facilité me semble d’utilité publique – en tant bien sûr que corollaire de l’idéologie la plus effrayante qui soit pour un sarkozyste : celle de la paresse. Travailler plus ? Non mais vraiment… je veux dire : même pour gagner dix fois plus, moi, ça m’intéresse pas. Je préfère franchement avoir moins d’argent et des jours de congés pour voir les gens que j’aime ou traîner en robe de chambre ou rêvasser sur mon lit en écoutant le dernier Syd Matters. Je sais : ce que je dis là est terriblement subversif. A tel point que craignant les représailles de la Police de la Pensée d’Ouverture, je n’irai pas au bout de mon plaidoyer, m’arrêterai en route de peur qu’on me taxe de gauchisme (heureusement je me lave encore trop souvent pour que Jean-Claude Gaudin me confonde avec un journaliste de Libé – l’honneur est sauf).

Le Difficile métier de glandeur

Bon, je dis ça, mais n’allez pas croire non plus que je considère que les éditorialistes sont des paresseux. Disons qu’ils ont un peu un régime de stars des journalistes, et que ça m’a toujours un peu fait rêver. Oui parce que moi je suis depuis des années dans la perspective de trouver un job où on en fait le moins possible avec un max de blé et de prestige. Autant vous dire que je suis fait depuis longtemps pour le métier d’éditorialiste, dont je rappelle qu’en gros il se résume à écrire une page de ce qu’on veut comme on veut une ou deux fois par semaine. Un vrai beau métier comme je les aime. Je n’ai jamais compris qu’on dise que les critiques étaient des écrivains frustrés alors que très honnêtement, ça s’applique vachement mieux aux éditorialistes, qui se permettent parfois des audaces stylistiques impressionnantes en raison de la liberté qu’on leur accorde. D’ailleurs les éditorialistes ont tous des noms à peu près connus de ceux qui les lisent, alors que moi j’ai beau beaucoup m’intéresser à la marche de la planète, je peux vous dire que le pauvre journaliste du Monde qui parcourt la terre en long en large et en travers toute l’année en prenant tous les risques… j’ai pas la moindre idée de qui c’est. A moins qu’il se fasse kidnapper par des terroristes, bien sûr. Là il acquiert une certaine notoriété, mais sinon bon… globalement on se fout un peu et de son nom et de son style (d’ailleurs il en a rarement, du style). L’éditorialiste, lui, moyennant un investissement personnel quatre fois moindre, il gagne plus, il est plus connu, plus respecté et parfois plus lu. A se demander même comment certains peuvent avoir l’idée saugrenue de pratiquer le (pincez-vous le nez) journalisme de terrain.

En ce sens est-il surprenant qu’un tel boom des éditorialistes ait pris possession de nos journaux depuis une dizaine d’années ? Ils sont de plus en plus nombreux, à tel point que maintenant dans certains magazines (Nouvel Obs, Marianne) il y a presque plus d’éditos que d’articles de fond. Sans parler des courriers des lecteurs énormes où tout le monde se prend un peu pour un éditorialiste, faut dire que la démagogie éditoriale de type Contre-Journal et autres trucs récupérés sur les forums des journaux a atteint ces derniers temps des degrés sidérants (la dernière fois que j’ai acheté Marianne, pour en citer un parmi des dizaines, j’ai failli m’évanouir : il y avait au moins six pages de courrier des lecteurs… oserais-je dire que quand j’achète un journal c’est pour connaître l’avis d’un journaliste et pas de mon voisin – aussi intéressant soit-il ?...).

Il semblerait donc que l’éditorialisme soit un humanisme – ou du moins une évolution logique du journalisme. Ce qui est amusant c’est que je me demande toujours qui les lit, ces gens – je veux dire : à part moi (et encore, moi, c’est par pur fascination pour ce curieux métier bien plus que par intérêt réel pour ce que ça raconte) ? Qui s’est jamais demandé comment on les recrutait ? Quelle école ils avaient fait ? Où est-ce qu’on pratique les options Mauvaise Foi et Narcissisme Crasse ? Qui à part moi a jamais eu la sensation que les éditorialistes et leur JE presque écrasant rapport aux idées sonnaient comme une compensation au reste des articles, portés par un ON si impersonnel et consensuel ? Est-ce que vraiment ça obsède quelqu’un d’autre que moi d’observer comment Jean Daniel construit chaque semaine sa chronique, quelles sont ses grosses ficelles donnant l’impression d’un style alors que ça relève plus du gimmick ? Qui ça intéresse, vraiment je veux dire ? Personne, sans aucun doute. C’est bien pour ça que je vous en parle : j’adore les sujets dont tout le monde se fout. C’est un peu comme la facilité ; c’est salubre. Pour ce premier éditorial officiel du Golb j’aurais pu décider de vous parler de politique, de la Société Générale (où j’ai encore mon argent), du Tchad ou d’un représentant du pouvoir politique poursuivant un journaliste au pénal (soit donc littéralement le menaçant de prison), ce qui jusqu’à preuve du contraire ne se fait pas dans les pays démocratiques. J’aurais eu plein de choses à dire là-dessus, mais le défi ne me tentait pas trop. Mes éditoriaux à venir parleront tous de Rien, ainsi peut-être retrouverai-je l’esprit initial du Golb.

J’suis ravagé par c'microbe !

(je vous parlais plus haut de Marianne… bon, je me suis viandé, mais ç’aurait été une excellente transition vers le prochain sujet. On va donc dire que j’ai parlé de Marianne juste au-dessus et que personne n’a rien vu. Qu'on me pardonne : je débute encore, en éditorialisme)

Marianne, justement. C’est dans ce journal qu’écrit la sympathique Clara Dupont-Monod – dont je suis en train de lire La Passion selon Juette (je sais : mes transitions sont excellentes). Pour être absolument franc, arrivé la moitié je ne suis pas submergé par l’enthousiasme. Ce qui me pose un problème de conscience réel : certains dégomment à loisir les livres qui cartonnent, c’est un peu leur petit plaisir de la semaine. Moi bizarrement, chaque fois que ça m’arrive je me sens un peu coupable… parce qu’au fond de moi j’ai toujours un peu peur qu’on finisse par me prendre pour ce que je ne suis pas – à savoir un sniper de hits. Combien de fois m’a-t-on taxé d’élitisme depuis les débuts de ce blog ? Pfffffiou… autant compter par semaine, ce sera plus simple. Donc cette semaine, ça m'est arrivé trois fois. Ça n'a l'air de rien. Cela dit, sur deux ans...

Reconnaissons que je suis une cible facile : le raccourci, dans mon cas, est si évident qu’il en devient presque risible. D’autant que comme j’adore tendre l’autre joue je ne manque jamais d’employer tout plein de gros mots qui font peur, genre (attention : planquez les gosses) technique littéraire, schéma narratif, stylistique, somme documentaire… je peux même me laisser aller, lorsque je suis un peu saoul ou très en manque, à déblatérer sur une métonymie. Dans un monde merveilleux tout le monde trouverait ça super, je dirais même que dans un monde merveilleux tout le monde utiliserait ces mots-là, à bon escient et sans jamais en abuser. Malheureusement nous ne vivons pas dans un monde merveilleux (je ne vous apprends rien), nous vivons même dans un monde globalement pourri (non plus) et bref : ce n’est pas ma faute si nous sommes peu nombreux à le faire et si dans ces cas-là les étiquettes se collent très vite : élitiste, intello, snob, prétentieux... on en passe ! Moi, ça me sidère toujours autant, pourtant je devrais commencer à avoir l'habitude. J’ai à ma charge quelques personnes dont j’essaie modestement d’élever le niveau, je me chargerais bien du reste de l’univers, le problème c’est que moi-même je n’ai pas le niveau pour ça. Pour autant… même si indéniablement tout concorde à m’inscrire que je le veuille ou non (et je ne le veux pas) dans une élite… je ne crois pas être élitiste, dans la mesure où je ne crois pas aux élites – mieux : je les méprise. Profondément. L'élitisme (comme le snobisme) ce n'est pas une question de niveau, mais une question d'état d'esprit. Quand on me reproche telle ou telle critique sous prétexte que j'ai démonté le style ou déploré une thématique putassière.. .je tombe toujours des nues à l'apparition de l'insulte ultime : ÉLITISTE ! BOUUUUUUUH ! Genre. Je n'y peux pas grand chose moi, si j'accorde de l'importance à la structure narrative d'un livre ou à son esthétique ! Si je ne peux me limiter à voir que l'histoire est intéressante ou que le sujet est émouvant. Je peux éventuellement me forcer à ne parler que de choses hyper basiques dans la critique qui suit... mais quel intérêt ? D'autant que toute œuvre, même mineure, même chez Voulzy ou Marc Levy... utilise un minimum de technique et défend une esthétique aussi infinitésimale soit-elle (je vous assure...les artistes qui prétendront le contraire seront des inconscients ou des démagos - et ne me répondez pas PUNK car justement : il n'y a pas plus démago que l'idiome punk)... l'évaluer sur ces critères en y apposant sa subjectivité propre n'a rien de particulièrement indigne. Et ça ne signifie pas que je me croies supérieur à quiconque ; en quoi tout cela induirait-il que je ne respecte pas les goûts et opinions de mon prochain ?...
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Mon rêve absolu, que cela soit écrit noir sur blanc une fois pour toutes, serait que tout le monde soit l’Élite, et lorsque je vois des gens (moi en tête !!!) dévorer les billets remarquablement pédagogiques de mon ami G.T. je me surprends parfois à croire que c’est possible (je ne reviendrai pas sur son article essentiel en lien direct avec la question). Je le crois aussi quand je m’aperçois que des auteurs comme Patrick Rambaud, Philip Roth ou Emmanuel Carrère (ou quelques autres) deviennent extrêmement populaires sans sombrer dans le populiste (même commentaire pour le succès planétaires de musiciens comme Radiohead, les White Stripes… qu'on peut ne pas aimer mais dont on peut difficilement nier qu'ils défendent une démarche artistique des plus authentiques) …et même Gilles Leroy, du reste, dont je n’ai pas aimé le livre mais qu’on ne pourra pas accuser de verser dans le putassier ou de pécher par excès de simplisme littéraire. On dirait que les choses s’arrangent de plus en plus, la qualité croissante des critiques bloguiennes en étant un bel exemple. Comme le soulignait fort justement Eric dans un récent article (également cité par...G.T.), il devient de plus en plus difficile de vendre n’importe quelle daube à des gens de plus en plus cultivés, informés, concernés. Je ne l’aurais jamais dit à l’époque, mais il y a deux ans lorsque je lisais un hit de la blogosphère… j’étais presque toujours immanquablement déçu. Aujourd’hui cela m’arrive encore  ; c’est cependant de plus en plus rare. Et c’est bien normal ! Dans un précédent billet, j’écrivais :

« Plus vous connaissez la littérature et plus vous exercez votre acuité critique en la matière… plus il devient compliqué pour vous de trouver de l’intérêt à des œuvres charriant des exigences minimes. […] Est-ce vraiment du snobisme, ou bien est-ce une évolution logique à laquelle personne ne coupe ? En réalité, quand on est passionné par un art on avance dans cet art, on l’apprend et on le digère un peu plus à chaque contact. »

Je persiste et signe : on pourrait en discuter pendant des heures, mais pour moi quelqu’un qui lit cinquante livres par an et les critique chaque fois sur son blog… ne peut prétendre éternellement être juste un « simple lecteur ». Peut-être en terme de statut, mais en terme d’acuité critique et d’exigence de lecteur… c’est assez discutable (et c'est peut-être aussi pour ça que d'aucuns se croient autorisés à vomir sur le blogueur publiant une critique virulente - il le traite comme un simple lecteur à qui on peut faire la leçon)...

Voilà… tout ça pour dire que j’en ai un peu marre qu’on me taxe d’élitisme à longueur d’années, et que si je snipe un livre qui par hasard cartonne… ce n’est jamais parce qu’il cartonne. Jamais. Ce n’est pas ma faute si les mots de Boris Vian, connu pour avoir ailleurs fustigé le snobisme et lui même auteur à succès, se vérifient souvent :

« La vérité n’est pas du côté du plus nombre, effectivement, parce qu’on ne veut pas qu’elle y soit. Le jour où le plus grand nombre sera à même, de par sa culture et ses connaissances, de choisir lui-même sa propre vérité… il y a peu de chances pour qu’il se trompe. »

…force est de reconnaître que jusqu’à l’explosion du Net, les choses lui ont plus souvent donné raison que tort. Aujourd'hui la tendance s'inverse doucement... et Vian, j’en suis certain, se fendrait la gueule s’il pouvait voir aujourd’hui que la masse théoriquement silencieuse du public a désormais pris la parole – et donc une forme de pouvoir.

Sur ce à bientôt et bien sûr...keep the golbitude ! (elle vous va si bien au teint...)

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