dimanche 23 septembre 2007

Doggy Bag - Encore & Encore

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Dire que Doggy Bag ne ressemble à rien de connu relève presque du pléonasme.

Dire que Doggy Bag est la première série TV littéraire serait enfoncer des portes ouvertes.

Car dans ce second volet qui éclate en tout point son prédécesseur on se dit que si, ça ressemble à quelque chose de connu. Quelque chose de très connu – et de génial : Twin Peaks. Comme dans la série culte de David Lynch & Mark Frost, Djian bâtit un patchwork de toutes les séries possibles, manie la référence en permanence (voire même l’auto-référence, car ce livre est aussi une allusion constante à l’univers de l’auteur), s’amuse de clins d’œil à l’actualité tout en habillant son intrigue de l’aspect intemporel indispensable à tout bon soap opera. Rien de nouveau dans tout cela (intrigues et personnages sont volontairement caricaturés à l’extrême), et en même temps tout est nouveau puisque cela n’a jamais été tenté en format roman. A défaut d’être prévisible le carton de cette aventure n’est donc pas spécialement étonnant… pas plus que le fait que Djian en soit le maître d’œuvre. S’il est un auteur qui n’a eu de cesse d’évoluer et de se remettre en cause depuis ses débuts c’est bien celui-ci. Qui avait d’ailleurs démontré avec le brillant et mésestimé Frictions qu’il était tout prêt à tenter de renouveler la forme romanesque du mieux possible, avec les armes qui sont les siennes : l’humour, le style incisif et une espèce d’instinct (du tueur ?) lui permettant de saisir l’essence de n’importe quel personnage en un clin d’œil…

On avait laissé les frères Sollens au terme d’un volume d’exposition très intéressant mais forcément un peu décevant. Beaucoup de questions restaient sans réponses, beaucoup de personnages pouvaient sembler encore un peu obscurs au lecteur. Comme le veut la loi des séries ce volume 2 lève le voile sur nombre de zones d’ombres. C’est que Djian est décidément un authentique sériovore, maîtrisant tous les ressorts de la série fleuve qui en jette tout en parvenant à séduire y compris les non-amateurs de séries (jolie perf !) : les éléments de base correctement disposés, il se lance ici dans un remarquable travail de sape. Construire pour mieux déconstruire, telle est la règle de n’importe quelle série TV dès lors qu’elle passe le cap délicat de la première saison. L’heure du renouveau n’a certes pas encore sonné (c’est généralement l’apanage des saisons trois ou quatre), mais les fondations de la série, au terme de cette seconde fournée, ont pris un sérieux (et irrésistible) plomb dans l’aile.

Et c’est tant mieux ! Dire que j’attends la suite avec impatience serait en-dessous de la réalité… : je dois carrément lutter pour ne pas la lire dans la soirée. Exactement le phénomène d’addiction que je ressens à chaque nouvelle saison d’une de mes séries préférées…


👍👍 Doggy Bag, Saison 2 
Philippe Djian | Julliard, 2006