samedi 13 janvier 2007

Le Doigt et la Lune - Bad Trip

...
Durant quelques temps, au Mexique, Jodorowsky, qui pour tout dire s’emmerdait un peu jusque là, a suivi les enseignements d’un maître zen : Ejo Takata. Bien que n’étant pas barbu, Ejo Takata était un sage. Et comme tout bon sage, il racontait des histoires et se répandait en paraboles. Voici ce que son disciple le plus connu est venu nous raconter.

Toute ressemblance avec des ouvrages existants déjà n’est bien sûr absolument pas fortuite : Le Doigt & La Lune, c’est la rencontre improbable de Platon et de Kalil Gibran autour d’un grand rail de coke. Un trip zen et totalement halluciné refusant de choisir entre le recueil de chroniques, l’essai, le conte philosophique ou la fable poétique. Jodorowsky étant ce qu’il est (à savoir un génie un peu secoué mais généralement brillant), le résultat aurait pu être original et très réussi. Pas de bol, c’est chiant comme la pluie à la pêche. Et quand l’hilarité commence à envahir le lecteur, ce dernier commence à se demander si c’était fait exprès – ce qui s’avère la plupart du temps un très mauvais signe !

Car tout le problème du Doigt & La Lune repose dans cette équation : on ne sait jamais ce que c’est. Ça ressemble à une interminable parodie de conte philosophique, sauf qu’à aucun moment l’auteur ne semble s’amuser. Bien au contraire : Jodorowsky, habituellement si fantasque, a écrit un livre manquant cruellement tant d’humour que de recul. Par moment on s'attend presque à ce que Maître Machin Chose lui dise :

« Tu vas comprendre, petit scarabée »…

… bon, en fait non, Jodorowsky n’est pas tombé si bas, mais ça ne l’a pas empêché de se couvrir de ridicule deux-cent-vingt-sept pages durant. En dépit d’intentions dont on ne doute pas qu’elles soient saines et louables (on ne peut en vouloir à quelqu’un souhaitant apporter la paix et l’amour à l’humanité, quand bien même l’humanité ne lui a rien demandé), sa tambouille mystico-philosophico-zen ne prend jamais. On lui pardonnera : on ne peut pas avoir l’idée d’El Topo tous les jours.


👎👎 Le Doigt & La Lune 
Alexandro Jodorowsky | Albin Michel "Espaces Libres", 1997