mardi 12 décembre 2006

L'Infidélité

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« Non non non non non non ! CA NE PEUT PLUS DURER !!!!!!! »

… a crié Jean-Pierre Jean, visiblement très excité. Ah non ! je ne veux pas qu’il y ait de méprise : Jean-Pierre Jean ne parlait pas du tout du jeu de l’Équipe de France. Au contraire, à ce propos il m’avait dit quelques instants plus tôt : La France est la meilleure équipe du monde, ce qui tombe un peu sous le sens à présent mais bon… on ne va pas en plus demander à Jean-Pierre Jean d’être médium. De même, il ne parlait pas non plus du Ballon d'Or.

(RAPPEL 1 : un rapide retour sur chroniques permettra aux lecteurs non-fans de Jean-Pierre Jean de constater qu’il ne disait pas du tout la même chose de la France il y a encore quelques mois)

(RAPPEL 2 : d’un point de vue strictement comptable je me dois préciser qu’en réalité la meilleure équipe du monde est l’Italie – il semble que d’aucuns en France l’aient oublié)

Non, donc. Jean-Pierre Jean ne parlait pas du tout de football. Il parlait de mes cheveux. Sa seconde préoccupation dans la vie. En effet,contrairement à une idée reçue assez largement véhiculée par Le Golb, sélectionneur de l’Équipe de France de France n’est que le second métier de Jean-Pierre Jean. Son premier job, c’est coiffeur, même si c’est vrai que j’ai beaucoup aidé à ce que tous les lecteurs oublient que Jean-Pierre Jean était coiffeur. Donc là, pour la première fois depuis l’ouverture du Golb ou presque, Jean-Pierre Jean a parlé de mes cheveux. Un évènement qui méritait une chronique, non ?

Je ne tiens pas à revenir, par pudeur, sur mes problèmes capillaires. En revanche je dois bien avouer que depuis des années que je le fréquente, Jean-Pierre Jean n’a jamais été foutu de les résoudre. Objectivement, s’il est une pointure en matière de foot, Jean-Pierre Jean est assurément le coiffeur le plus naze de tous les temps (vous me direz : il suffit de voir sa coiffure à lui, certes). Ce n’est d’ailleurs que par amour pour le ballon rond que je vais chez lui (par radinerie, aussi). Il est évident, que dis-je : IRRÉFUTABLE que Jean-Pierre Jean se défend beaucoup mieux en matière de dribbles qu’en ce qui concerne les balayages. D’ailleurs, sans vouloir choquer ses fans (que je sais nombreux), force est d’admettre que si Jean-Pierre Jean peut se montrer un fin analyste footballistique, il est incapable de réussir une coupe droite – y compris sur moi. Jean-Pierre Jean est tout simplement à la coiffure ce que Frédéric Déhu est au football (je sais, je vais loin dans la subversion), à savoir pour les non-initiés : un gentil croquenot. Un modeste artisan, professionnel bien sûr, mais loin, très loin des portes de la Sélection.

Or donc, ce jour là, Jean-Pierre Jean s’est souvenu que son métier n’était pas consultant sur Foot + mais bel et bien coiffeur. S’il en a ressenti une quelconque déconvenue, il n’en a rien laissé paraître. Moi par contre j’ai ressenti une sacrée déconvenue… lorsqu’il a voulu me conseiller pour mon look. Jean-Pierre est adorable, n’empêche que c’est quand même un mec qui met les mêmes chemises à petits carreaux que le boucher d’en face, porte des lunettes démodées depuis vingt ans minimum, des pantalons en velours (démodés depuis trente ans), des mocassins en cuir marron (démodés depuis la guerre), une petite cravate rouge toute fine (démodée depuis la guerre d’avant) et des bretelles assorties (jamais à la mode jusqu’alors). Bref devoir subir un relooking par Jean-Pierre Jean ça fout encore plus les boules que de prendre des cours d’élocution avec Fogiel… ou des cours de foot avec un joueur du F.C. Sochaux-Montbéliard (ne rigolez pas : non seulement cette équipe existe mais en plus elle joue les premiers rôles dans le Championnat de France).

Du coup, sans pour autant me mettre en colère, j’ai fait comprendre à Jean-Pierre Jean que je n’avais pas vraiment besoin de ses conseils. Puis je suis rentré chez moi. Le lendemain, alors que j’essayais de me coiffer (je ne me coiffe plus depuis longtemps, me contentant d’essayer – c’est déjà beaucoup ; de vagues tentatives assez vaines dans l’ensemble), je me suis rendu compte que Jean-Pierre Jean n’avait pas tort. C’est vrai que mes cheveux, c’est une horreur, une catastrophe… ça ne pouvait plus durer. Oui, mon coiffeur avait raison. Par contre je lui en voulais à mort d’avoir eu raison et de m’avoir donné un fort judicieux conseil. Cela peut sembler illogique, je sais. Mais je me suis souvent rendu compte par le passé que c’est en fait à ça qu’on reconnaît les vrais amis : ils vous donnent des conseils qui vous font chier, vous disent des vérités que vous ne voulez pas entendre, et du coup vous leur en voulez à mort. L’ingratitude est le fondement même de l’amitié – c’est bien pourquoi je n’ai pas d’amis. Par exemple : mon pote Ludo, coiffeur lui aussi, ne m’aurait JAMAIS dit ce que Jean-Pierre Jean a osé me dire. Lui, il aurait été plus diplomate – qui a dit plus faux-cul ?! Non, décidément… me mettre ainsi devant l’horreur de mon système pileux… fichtre, je me demande comment il a pu se le permettre. Je crois que j’ai passé la ligne rouge avec Jean-Pierre Jean. On est devenu trop proche pour qu’il continue à m’être un bon coiffeur (vous avez bien sûr le droit de considérer que je n’ai rien de plus important à penser puisque c’est la vérité)? Tout à fait. Bien sûr. A l’évidence…

Plus j’y pensais plus ça paraissait évident : il me fallait prendre mes distances avec Jean-Pierre Jean, pour notre bien à tous les deux. C’était le seul moyen de préserver notre amitié – puisqu’en terme de coiffure il n’y avait jamais rien eu grand chose à sauver.

Hasard ou coïncidence, qu’importe, je suis tombé le surlendemain sur… mon pote Ludo. Mon pote coiffeur. Dans la rue. A deux pas de chez Jean-Pierre Jean ! si ça c’est pas du signe, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Nous avons commencé à discuter Ludo et moi. Ce fut un magnifique dialogue de sourds, un monument de nullité Néant-dertalienne. Après coup je me suis même sérieusement demandé si J-P.J. n’était pas plus mon pote que Ludo, que je fréquente pourtant depuis le lycée. Enfin… ça ne m’a pas semblé très grave sur le coup : au contraire notre amitié capillaire n’en serait que plus forte au moment de passer à l’acte. Car oui, autant être franc avec vous : à ce moment là, j’avais déjà décidé de tromper Jean-Pierre Jean. Oh ! je sais ce que vous pensez. Vous me trouvez ignoble et sans cœur, égoïste et qui plus est incohérent – car tromper son coiffeur c’est comme tromper sa femme : ça ne se décide pas comme ça du jour au lendemain. Je m’en fous, j’assume. Jean-Pierre Jean ne me procurant plus ce dont j’avais besoin, j’ai voulu changer. Pour voir. J’ai décidé de faire souffrir Jean-Pierre Jean pour être belle. Tout à fait. Et je n’en rougis même pas. Bien au contraire.

J’ai passé un très agréable moment entre les mains expertes de Ludo. Un authentique coiffeur. En effet, Ludo se fringue fashion, il ne se fait jamais appeler par son prénom complet et est homosexuel. Il correspond donc beaucoup plus que Jean-Pierre Jean à l’image d’Épinal du coiffeur. Ce qui m’a rassuré. Et vous savez à quoi ça tient ? à pas grand chose : à un mot. VISAGISTE. Ludo est COIFFEUR-VISAGISTE, et croyez-moi ça n’a rien à voir avec le simple coiffeur comme Jean-Pierre Jean. Le coiffeur-visagiste, c’est un créatif, un artiste. Il ne se contente pas d’appréhender votre cuir chevelu : il entreprend carrément votre visage dans son intégralité (d’où son nom). Le coiffeur-visagiste est un virtuose, quand le simple coiffeur est un banal artisan coupeur de cheveux. Ludo, il maîtrise son sujet. Ludo, contrairement à Jean-Pierre, sait ce que sont les préliminaires. Il vous masse délicatement le crâne, vous humidifie progressivement... vous ronronnez de plaisir, oh bien sûr, il ne vous parle d’amour (pardon : de football), oh bien sûr, c’est un rapport purement capillaire… Mais avec Ludo, je me suis enfin senti chevelu. Je me suis senti vivant du cheveu, pour la première fois depuis des années. J’ai vibré jusqu’au plus profond de mon système pileux. Il a su le flatter, il a su se montrer attentif, il a su le préserver… Oui, j’ai été infidèle à Jean-Pierre Jean. Ça m’a coûté une fortune pour ressortir avec un demi centimètre de cheveux, mais il fallait que je le fasse.

Finalement, je trouve cette histoire est très morale : il ne faut jamais faire une perruque dans le dos de son coiffeur. A cause de moi Jean-Pierre Jean porte les cornes, et Zidane m’a puni en m’affublant d’une coiffure ridicule qui sera à n’en pas douter ma lettre pourpre à moi.

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