lundi 27 novembre 2006

Les Enfants du Cash

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Vous êtes bien en 2006 et la litanie Johnny Cash continue.

Après le film nul (et sa BO pas bien meilleure), la réédition du superbe coffret Cash Unearthed, celles de 18 compilations (plus au moins deux nouvelles) et la publication de l’ultime-dernier-album-jusqu’au-prochain au printemps dernier, les pilleurs de tombes continuent leur travail de sape. Lentement mais sûrement. Un pilleur de tombes, ce n’est jamais fatigué. Ç'a l’éternité devant lui.

Régulièrement oublié au profit d’At Folsom Prison, le concert de Cash à la prison de San Quentin (février 1969) reste tout de même l’un des moments les plus importants de sa carrière. De manière symbolique tout d’abord : il marque la fin d’une époque. C’est le premier disque de l’Homme en Noir sans son alter ego guitariste Luther Perkins (décédé quelques mois plus tôt) qui l’accompagnait depuis ses tous débuts (soit près de quatorze ans). C’est également son dernier disque "officiel" des années 60 et c’est surtout le dernier à être pleinement réussi avant très, très, très longtemps.

Au-delà de cette dimension l’ayant fatalement rendu mythique, At San Quentin fait également partie de ses tous meilleurs enregistrements – et contrairement à une idée reçue curieuse il ne fait pas du tout doublette avec At Folsom Prison : ses neuf titres ne sont absolument pas les mêmes que sur l’autre grand classique de Johnny Cash. Pas question, donc, de choisir : les fans doivent les avoir tous les deux. Ils se complètent. Ils ont même été envisagés comme tels.

At Folsom Prison était noir. At San Quentin est violent. Primitif, sauvage… Carbonisé par la dope, Cash arrive, il salue un auditoire en délire, et balance ses neuf chansons à toute allure avant de se casser. Ni plus, ni moins.

Trois quarts d’heure plus tard, il aura joué deux fois de suite « San Quentin » (personne n’a jamais réussi à savoir si c’était volontaire ou bien s’il était trop défoncé pour s’en rendre compte), éructé « I Walk the Line », pulvérisé le « Darlin’Companion » de Lovin’ Spoonfull (où l’on se rend compte que Johnny Cash n’aura pas attendu les années 90 pour transcender ses reprises), craché « Wanted Man » et livré une version apocalyptique d'« A Boy Named Sue ». En guise de final, il aura transfiguré le classique « Peace in the Valley » et laissé le public chaos. Neuf titres de rien du tout qu’il balance à fond les manettes, gorgés d’une haine incroyable à faire passer Slayer pour Kyo. At San Quentin est assurément l’un des disques les plus violents de tous les temps. Sinon dans la musique, du moins dans l'impression qui s'en dégage et dans les émotions qui en jaillissent. La tension est palpable, l’atmosphère poisseuse… on y croit à peine… autant vous dire que des countrymen faisant preuve d’une telle fureur, ça ne court pas les rues (pauvre Garth Brooks).

Théoriquement, l’histoire aurait dû s’arrêter là. Juste après les hurlements des prisonniers au terme d'« A Boy Named Sue ». En quelques titres, Cash avait retourné le public et signé l’un des plus grands lives de tous les temps. Rien à dire de plus. Saut que non ! Les pilleurs de tombes n’ont pas lâché l’affaire.

(les pilleurs de tombes ne lâchent JAMAIS l’affaire)

2000 : Cash commence à revenir à la mode. On réédite ses deux albums lives mythiques, dans des versions intitulées The Complete Concert. Soit. Pourquoi pas ? ils étaient indisponibles depuis des lustres après tout…

2006 : rebelote. Version coffret triple CD/DVD… ouille…

Le DVD, pour commencer… eh bien ce DVD est… euh… inutile. C’est tellement du vol que j’ai presque honte pour le pauvre Johnny Cash, qui là où il est n’a assurément rien demandé à personne.

Les versions CDs sont plus intéressantes. Pas beaucoup plus utiles, puisque finalement c’est presque exactement la même chose que sur l’édition 2000… oui ok, je sais : je viens de vous donner la définition d’une réédition. D’accord, allez-y, marrez-vous. Ceux qui connaissent l’édition originale comprennent ce que je veux dire : cette nouvelle sortie propose l’intégralité du concert de Cash – soit donc pas grand-chose de plus que ce qu’on connaissait déjà… sauf que les mecs se sont sentis obligés de rajouter « Folsom Prison Blues », « Long Black Veil » et « Give My Love to Rose », saccageant l’idée initiale de l’artiste qui avait justement voulu publier un disque où il s’écartait des sentiers battus de son répertoire. J’en connais un qui aurait mieux fait de se péter une jambe ce jour là.

(les génies devraient TOUJOURS penser qu’un jour ils vont mourir et que leur progéniture va se faire des roubignoles en or sur leur dos, moi j’vous l’dis)

Mega bonus : les prestations des autres. Quels autres ? Ceux qui ont participé à la tournée 1968/69 avec Johnny Cash. Ils n'ont aucune légitimité pour figurer sur ce disque, mais fallait bien trouver un truc un peu attractif... Et là, autant vous dire que si on prend beaucoup de plaisir à entendre Carl Perkins, on se serait probablement tous passés des Statler Brothers… quand on pense qu’à côté de ça la moitié de la discographie du Man In Black demeure indisponible, ça fait mal au cœur.

Bref : souvent, les rééditions font honte aux éditions originales. C’est le cas de celle-ci. La première édition CD doit traîner à trois euros cinquante chez un disquaire d’occase près de chez vous. Jetez-vous dessus. Quant au coffret, téléchargez-le (en plus le livret est moche, vous ne perdez rien).


👑 Johnny Cash at San Quentin 
Columbia, 1969 pour la seule, la vraie édition


TÉLEXE : on m’informe que je suis le seul fan de Johnny Cash au monde à trouver cette sortie poussive… je suis super fier. La semaine prochaine, on va dire du mal du coffret Clash, ce qui nous permettra d’être teigneux tout en réussissant une jolie allitération.