jeudi 15 juin 2006

Jubilations vers le ciel - Theme for a Gloubi-boulga Night

...
[Article paru sur mon précédent blog, début 2005] C'est le premier roman de Yann Moix, que je viens de relire... et c'est vraiment une très mauvaise idée de lire le premier roman d'un auteur après avoir lu les suivants, du coup on ne voit plus que les défauts. En l'occurrence, ça saute particulièrement aux yeux : Jubilations... apparaît comme un genre de brouillon des Cimetières sont des champs de fleurs et surtout d' Anissa Corto. Mais je brûle les étapes...

Nestor est encore un enfant lorsqu'il rencontre Hélène. Onze, douze ans... l'âge des premiers émois... mais Nestor est un personnage particulièrement névrosé et Hélène une fille particulièrement belle. De fait, Nestor va continuer à aimer Hélène. Inlassablement. Éternellement. Et passera sa vie (à lui) à parasiter la sienne (à elle), réapparaissant à l'improviste, surgissant de nulle part avec ses souvenirs d'enfant qu'elle, de son côté, a totalement occultés (enfin pas totalement mais disons : comme tout être humain normal).

Petit détail amusant : j'ai décrit un jour Moix comme l'écrivain de la folie ordinaire... et peu après, j'ai écrit pareil de Mauriac, en me disant qu'il y avait une réelle filiation entre ces deux auteurs... or là, sur le quatrième de couverture de Jubilations vers le ciel je vois marqué quoi ? "Prix Goncourt des lycéens 1996" et "Prix François Mauriac 1996" ! Ça ne s'invente pas !

Je ne vais pas en remettre une couche sur le style de Moix, remarquable et puissant (quoique nettement plus maladroit dans ce premier roman)... Il est indéniable qu'il s'en dégage un souffle particulier (Moix est sans doute plus styliste que Mauriac, d'ailleurs, au risque d'en faire sauter quelques uns au plafond) mais surtout ce style colle parfaitement à l'histoire, une histoire assez dingue mais terriblement touchante... le fait est que cet auteur a développé un univers tout à fait particulier, ne ressemblant à aucun autre, et si cet univers est encore un peu bancal dans ce livre-ci on y devine en filigrane tout ce qui va exploser dans Les Cimetières... puis Anissa.

D'autant que l'auteur ne se limite pas à cette histoire d'amour névrotique (et névrosée) : il y a une réelle charge sociétale, une authentique réflexion sur la société actuelle. En lisant les divagations de Nestor, on pense à cette mode de la nostalgie, ces émission télés sur les grands classements des chanteurs de variétés morts depuis trente ans, ces énormes soirées gloubi boulga avec toujours un crétin déguisé en Casimir... bref, tous ces épiphénomènes qui placés bout à bout nous infantilisent. De même que cette histoire d'amour fou (au sens pathologique du terme bien sur), il développera cette vision dans les livres suivants et la vision tournera à la radiographie dans Podium (qu'on lit très différemment je pense, lorsqu'on connait les autres livres de l'auteur).

Finalement j'ai achevé ma relecture sur cette question : est-ce que j'aime Jubilation vers le ciel parce qu'il annonce les livres suivants, pour ce qu'il représente, donc, ou bien est-ce que je l'aime pour lui-même ? Difficile de formuler une réponse.


👍👍 Jubilations vers le ciel 
Yann Moix | Le Livre de Poche, 1996

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Si vous n'avez pas de compte blogger, choisir l'option NOM/URL et remplir les champs adéquats (ce n'est pas très clair, il faut le reconnaître).