mercredi 19 février 2014

J'ai oublié de te dire #1


Loi fondamentalement fondamentale régissant l'univers N°19765644 - Alinéa 6 : il ne faut jamais entreprendre de jeter ses vieux journaux intimes de quand on avait des cheveux, parce que l'on finit IMMANQUABLEMENT par les feuilleter et qu'au final, on ne les jette jamais. Or donc, je découvre que le 2 juin 1997, une certaine Julie (qui était-ce ?) m'a copié sur K-7 Either/Or d'Elliot Smith. Évidemment, lisant cela, je le réécoute (vous voyez l'engrenage infernal). Je n'écoute Elliott Smith qu'une ou deux fois par an. Pas parce que, comme d'autres, je le trouve déprimant. Je n'ai jamais vraiment ressenti cela. Au contraire. Il me transcende. Il est de ces rares songwriters qui m'emplissent, littéralement. De quelque chose de plus grand, de plus fort... de plus beau que moi. Si je l'écoute si peu, c'est parce que je le place au-dessus (au-delà) des autres. Je l'écoute peu comme j'écoute peu les Beatles, comme j'écoute peu les Stones, comme j'écoute peu Bowie ou Nirvana. Je l'écoute peu parce que le génie doit se consommer à petites doses pour être apprécié à sa juste valeur (et aussi - on le dit moins - pour ne pas pourrir les autres). Mais chaque fois que je l'écoute il y a ce même sentiment, je ne le retrouve jamais ailleurs - quand j'écoute les Beatles ou les Stones ou Nirvana ou Bowie. Si la perfection existait, il serait sans doute ce qui s'en approche le plus. Les mélodies, les harmonies. Les textes. La voix. Il est parfait et en même temps, il reste à échelle humaine. Either/Or n'est pas Sgt Pepper's. Il n'est pas un chef-d’œuvre écrasant l'auditeur de sa virtuosité, de son inspiration, de sa créativité. Either/Or peut s'écouter comme le disque pop le plus parfait des quinze ou vingt dernières années (et de loin), mais il peut aussi bien s'écouter comme le petit ouvrage folk intimiste qu'il est également. On n'est jamais intimidé devant lui. On ne se sent jamais obligé de l'aimer ni d'essayer de le comprendre. On le prend comme il vient - donc le plus souvent comme on peut. Donc le plus souvent de plein fouet. Smith était le petit génie près de chez vous. Il ne savait même pas qu'il était un génie. Il ne connaissait pas le calcul. Son premier album, il le donnait à tout le monde. Il le jouait en intégralité chez n'importe qui sur simple demande. J'imagine la tête des gens qui le voyaient débarquer et jouer "No Name #2" ou "Condor Ave.". Est-ce qu'il y a encore des gens comme lui aujourd'hui ? J'ai reçu Either/Or il y a déjà quinze ans. Je n'ai plus la K-7 mais maintenant que j'y pense, je crois que je me rappelle Julie. Je crois qu'aujourd'hui elle est mariée, a deux enfants et a liké Garou sur Facebook. Ou peut-être que je viens d'inventer ça pour ajouter un peu de tension dramatique. Ce que je sais, c'est qu'elle ne savait pas ce qu'elle m'offrait et que j'ignorais ce que je recevais.



13 commentaires:

  1. Très bel article. J'ai le même type de sentiment à l'égard d'Elliott Smith. Je l'écoute peu, je le considère au-dessus de la mêlée. Je chéris ces oeuvres à petite dose pour qu'elles résistent à l'usure du temps, même si j'ai peu de doutes à ce sujet.

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  2. La perfection m'emmerde. je préfère Linkous....
    (sinon bel article. Y a vraiment des gens qui bennent leurs journaux intimes?)

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    1. Tss tss tss. Parce que Linkous n'aspirait pas à une forme de perfection, peut-être ?

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  3. Je préfère Linkous aussi. Mais à part Everett, qui est au-dessus de Linkous dans mon esprit ? Pas grand monde...
    (j'allais plutôt dire, y a vraiment des gens qui FONT des journaux intimes :P)

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    1. Everett ? Euh. Mark Oliver ? Vraiment ?

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  4. bah oui, quasiment tout le monde.... enfin, aujourd'hui ca s'appelle facebook ...

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  5. Très joli texte.
    Même sur la forme courte, tu excelles, on dirait.

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  6. Oui Elliott c'est un peu les beatles à lui tout seul, je me demande comment une ame aussi torturé (drugs, parano..) pouvait composer des choses aussi douce et ensoleillée (je suis d'accord ce n'est pas triste pour moi). Je respecte encore plus ses premières compos (chansons sans titre) pour la pureté de la démarche (même si figure 8 ou XO ne sont pas dégueu on est d'accord). Pourrais tu faire un jour un article sur un autre folkeux que je chéris Bonnie Prince Billy? (une chronique de Master and evryone par exemple :) ).

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    1. Ha là là, je suis navré, j'ai vraiment jamais accroché à Bonnie Prince Billy :-)

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