vendredi 17 février 2012

Zita Swoon Group - Boutures

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Comme elle semble lointaine, l’époque où les genres s’opposaient, se superposaient, où les esthétiques s’affrontaient… le Net, la mondialisation musicale et plus généralement artistique ont balayé tout cela d’un revers de main, en l’espace de quelques années. On a vu progressivement disparaître les courants musicaux forts, désormais éclatés, dilapidés entre les petites chapelles sans grand intérêt (l’un des grands paradoxes du Web) d’un côté, et la fusion des genres, des sons et des âmes de l’autre.

Le nouveau projet de Zita Swoon, expert en la matière depuis près de vingt ans maintenant, s’inscrit de plain-pied dans cette étrange époque où un artiste est devenu inclassable presque par définition, et où l’hybridation est le dernier bastion de ceux qui ne veulent pas s’enfermer dans des formules de plus en plus rigides et éculées. Même le nom du collectif emmené par Stef Kamil Carlens a fini, avec le temps, par muter. Le voici désormais réinventé en Zita Swoon Group, et en pleine exploration de nouvelles terres via l’intégration presque parfaite d’Awa Démé (au chant) et de Mamadou Diabaté Kibié (au balafon), deux griots originaires du Burkina Faso.


L’album s’appelle Wait for Me et semble s’être donné pour première règle de ne ressembler à rien d’autre qu’à lui-même. C’est l’un des traits les plus marquants de Zita Swoon depuis longtemps, que de réinventer le présent en partant de bases traditionnelles et/ou intemporelles. Ici, la musique mandingue rencontre le blues funky cher au groupe belge, et le résultat sonne comme une évidence.

A mille lieues – mais est-il réellement nécessaire de le préciser ? – de la world-music consensuelle et entendue qui pénètre généralement les ondes, les rythmes madingues, connus pour leur répétitivité, mutent en une pop incroyablement légère et dynamique (Tasuma/Ji, Nègèn) ; chacun semble trouver une place naturelle au sein de l’édifice, à commencer par le balafon, vif, et les voix, qui pour n’avoir pas grand-chose à voir l’une et l’autre (celle de Démé est un rugissement ; celle de Carlens un feulement) se marient à merveille. Mais il est vrai qu’avant d’être une rencontre musicale, Wait for Me est le récit d’un voyage et de rencontres humaines. Une histoire de partage autant que d’engagement (les textes – pour ceux que l’on a compris – traitent largement de la situation complexe de l’Afrique de l’Ouest en général et du Burkina Faso en particulier), même si l’aspect dansant des rythmes et la jovialité des mélodies a très souvent tendance à le faire oublier. Énergisant, empreint d’humour (on le sent y compris lorsque le passage est chanté en dioula), l’ensemble est non seulement probant, mais s’avère aussi un album dont on se lasse très difficilement, si riche dans les orchestrations que l’on peut réécouter des dizaines de fois sans jamais éprouver le moindre sentiment de répétition. Une rareté.


👍👍 Wait for Me 
Zita Swoon Group | Crammed Discs, 20/02/2012

7 commentaires:

  1. J'adore ce que je viens d'entendre..

    Je n'ai pas trouvé d'autre extrait mais je vais guetter l'album. Merci pour la "découverte" (entre guillemets parce que je connaissais déjà Zita Swoon évidemment)

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  2. ca donne effectivement l'envie d'entendre le reste; ou quand du neuf nait des différences rapprochées...

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  3. Content de lire ce genre de commentaires !

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  4. Je l'écoutais hier et me disais que cet album était une juste réplique à ce que je reproche trop souvent à la "fusion world" qui n'est jamais que juxtaposition.

    Ici, c'est une fusion vraie où les partenaires se comprennent et crèent ensemble quelque chose de neuf. De plus, cette fusion est belle, intelligente, sensible. Que demander de plus, hein???

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  5. Il faut vraiment que j'écoute alors ! J'ai malheureusement quelques a priori parce que je sais plus ou moins comment le projet s'est construit et que je connais quelques personnes et institutions impliquées. En fait c'est à la base un projet mené par le Zuiderpershuis, une salle de concert "world" à Anvers qui avait des projets d'échange et de développement au Burkina.

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  6. Mmarsup >>> ben... rien ? ^^

    Miss >>> oui mais, positifs ou négatifs, les a priori ?...

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  7. plutôt négatifs mais je sais d'avance qu'ils n'ont rien à voir avec la musique ! En fait, je me suis dit, "encore un truc de bobos hippies"... Mais j'écouterai pour avoir un avis plus juste.

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