lundi 13 juin 2011

Suede - Timetravelling

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Ah ! Suede ! Ah ! Bernard Butler ! Aaaaaah ! Brett Anderson ! Oooooooh ! Les futals moulants ! Hiiiiiiiiiii ! L'androgynie surjouée !

Cher lecteur, bienvenue à Londres, au début des années quatre-vingt-dix. C'est à un petit voyage dans le temps que nous t'invitons ce matin, avec cette première salve de rééditions suédoises s'annonçant dantesque, puisque tous les cinq albums y passeront, selon le traitement éprouvé du : un album remasterisé + un CD gavé d'inédits à s'en faire péter la panse. En attendant donc une prochaine fournée qui s'annoncera sans doute plus intéressante, parce que moins courue (la paire Coming up / Head Music, de retour dans les bacs le 20 de ce mois), petit arrêt par les deux opus les plus populaires du groupes, soit donc les deux premiers, pour des raisons diamétralement opposées : Suede est généralement considéré comme le meilleur disque du groupe, et Dog Man Star comme le pire.


On a rarement vu un tel décalage d'appréciation entre les deux opus liminaires d'un même groupe, et sans doute seul Suede, combo aussi souvent adoré qu’honni, pouvait-il provoquer de telles réactions. Pensez-donc que les débuts d'Anderson et Butler dépassèrent tout ce qu'on avait pu voir jusqu'alors en matière de surréalisme, puisque le buzz alla jusqu'à les voir multiplier les articles dithyrambiques - voire les couvertures - avant même que quiconque à part un ou deux happy few ait jamais entendu la moindre note de leur musique. Une assurance succès comme les labels n'en auraient plus aujourd'hui, qui installa le premier opus sans titre en tête de tous les charts en quelques jours et en fit le plus gros succès anglais de l'année 1993. Tout ça pour quoi ? Du revival glam-rock très mal produit par Ed Buller (qui restera sans doute à jamais comme le plus grand terroriste auditif des nineties, à égalité avec l'imbuvable Butch Vig), qui sonne ultra ringard en 2011 mais dont on continue à déceler, incroyablement, le panache et le goût du soufre. Même remasterisé par le groupe lui-même, cela demeure un miracle que l'on ait pu sauver quelque chose des décombres de cette abominable production.

Et pourtant, Suede tient toujours debout ; il serait assez présomptueux de prétendre qu'il n'a pas pris une ride, la manière de composer de Butler ayant elle-même quelque chose d'irrémédiablement daté, mais les 'Animal Nitrate', 'Sleeping Pills' et autres 'The Drowners' demeurent près de vingt ans après ces titres romantiques et souffreteux qui firent fondre nos petits cœurs de midinette. Si la pop commerciale anglaise ressemblait encore à cela aujourd'hui, nul doute qu'on allumerait plus souvent la radio.


A un journaliste qui lui demandait un jour si ça ne l'avait pas dérangé que son His'n'Hers, produit par Ed Buller, ait eu peu ou prou le même son que le premier Suede, Jarvis Cocker répondit un jour avec l'esprit qu'on lui connaît que c'était toujours mieux que d'avoir hérité du son abominable du second Suede, produit par le même Ed Buller. C'est vous dire la réputation de Dog Man Star dans les milieux autorisés. Encensé par la presse anglaise à l'époque, dont nous ne remettrons pas ici en cause l'objectivité et la rigueur (connues de tous), il est devenu depuis une espèce honnie, et il serait injuste de tout mettre sur le dos de Buller (bien que là encore, le son soit d'une laideur impressionnante). Le véritable et unique problème de Dog Man Star est le traditionnel syndrome du second album qu'on s'empresse de sortir après le premier : Suede n'a globalement pas grand-chose à raconter, et hormis quelques éclats (le classique 'We Are the Pigs' ou la remarquable ballade 'The 2 of Us', dont on recommande d'ailleurs particulièrement la version démo de la présente réédition), il parle effectivement surtout pour ne rien dire. Sans jamais sombrer complètement, soit. Mais sans jamais non plus retrouver la majesté de son précédent opus, dont l'incandescence suffisait amplement à compenser les errances du producteur (qui produisit encore, Enfer et Damnation ! l'album suivant, le groupe étant connu pour avoir longtemps été victime du syndrome de Stockholm).

Niveau bonus on se contentera, histoire de poser l'équation de manière claire et nette, de rappeler que non seulement Suede avait comme tout grand groupe de grandes faces B., mais encore que son meilleur disque est très probablement sa compile des dites faces B., Sci-fi Lullabies. Par conséquent, oui Monsieur oui Madame, les CDs d'inédits, pour relative que soit cette appellation, s'avèrent régulièrement supérieurs aux albums eux-mêmes. Voir 'My Dark Star' ou 'Killing of a Flash Boy' sur l'édition de Dog Man Star, ou l'étincelante 'My Insatiable One' sur celle de Suede. Certes, tout cela n'a de nouveau que le nom, puisque tous ces morceaux étaient présents sur la susnommée compilation (indispensable, on le répète et le répètera encore). Les véritables inédits ne sont que des versions alternatives dispensables, on en conviendra volontiers. Peu importe, du reste : personne n'a dit qu'on vous recommandait particulièrement ces rééditions. Le propre du voyage dans le temps, c'est quand même qu'au bout d'un moment on retourne dans son époque, pas mécontent au final.


👍👍 Suede | Nude, 1992
Dog Man Star | Nude, 1994

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