samedi 14 mai 2011

Laugh out Loud!!!

...
On l'avait pressenti et suggéré à plusieurs reprises la saison dernière. Cette année n'aura fait que confirmer le sentiment qu'après des années (presque dix, somme toute) de vaches maigres, à patauger dans la semoule à ne jamais pouvoir dépasser les classiques constitués par Seinfeld et Friends, la sitcom US 1 a retrouvé des couleurs. C'est évidemment une bonne nouvelle, d'autant que ce retour en grâce coïncide de manière troublante avec la fin du dernier âge d'or du feuilleton (symbolisée par les fin de Lost et de 24 la même semaine, autant que par le flop d'un Flashforward) et le retour de la série dite "old school" (dont nous parlions ICI). Moribonde il y a seulement deux ans, la sitcom est redevenue excitante, impertinente et ambitieuse, une bonne nouvelle après des années de règne sans partage des conneries formatées à la Chuck Lorre (et là, vous noterez mon effort pour ne pas souligner que cette saison aura aussi été - hasard ou signe du Destin - celle du renvoie de Charlie Sheen de cette nullité de Two and a Hal Men... mais c'est vraiment parce que j'adore Charlie Sheen).

Il serait long et fastidieux de chroniquer une à une toutes les séries s'inscrivant dans cette tendance, d'autant que deux d'entre elles au moins (Community et Modern Family) ont été présentées en détails l'an passé. Aussi ce billet ne sera-t-il qu'un genre de compilation, une mise à jour rédigée avec une pensée émue pour Scrubs, qui n'a jamais vraiment eu la reconnaissance qu'elle méritait et qui constitue avec le recul l'influence évidente de cette "nouvelle génération".


La plus inventive : Community. Vous ignoriez l'existence du mot il y a un an, vous n'avez pu y couper depuis : Community est meta de la même manière que toutes les séries d'il y a deux ans étaient geek. Comprendre par-là que la fiction a littéralement conscience d'être fiction et que le premier degré de lecture est porté disparu (à plus forte raison depuis que l'embryon d'intrigue générale qui persistait dans la première saison a fini par s'évaporer). Avec elle, pas de risque de répétition : il n'y a pas deux épisodes pareils, et l'ensemble est un vivier inépuisable d'idées, de ressources, une improbable machine à révinter la roue telle que pouvait l'être Lost pour les séries dramatiques. Le meta lui-même, après tout, ne date pas d'hier (Diderot, déjà...), mais Community digère le concept avec une telle assurance et un tel sens du délire qu'on jurerait qu'elle a inventé la poudre. Le bémol ? Comme éblouie par son propre concept, la série oublie occasionnellement d'être drôle. On en prend plein la vue et on en redemande, mais comme tout OVNI, celui-ci prend le risque de finir à termer par quitter son orbite (voir le très mauvais "Applied Anthropology and Culinary Arts" pour les signes avant-coureurs).

Deux épisodes références pour cette saison : le déjanté "Conspiracy Theories and Interior Design" (2x09) & le merveilleux "Abed's Uncontrollable Christmas" (2x11), déjà mythique.


La plus fédératrice : Modern Family. C'est la sitcom familiale par excellence, à la mécanique admirablement huilée, aux dialogues impeccables et aux personnages parfaitement dessinés (le casting tout entier pourrait prétendre à l'Emmy, enfants compris). A sa manière, elle incarne cinquante ans de savoir-faire américain en matière de sitcom, avec juste ce qu'il faut d'âme pour qu'on n'ait pas l'impression d'être tombé sur du Chuck Lorre : quiproquos, renversements de situations, éclats vaudevillesques, caractères étirés jusqu'à l'absurde, et bien sûr critique acerbe de la modernité et de l'hypocrisie ordinaire (élément indispensable depuis Seinfeld). On est loin, bien sûr, de Community, dont Modern Family constitue presque l'inverse : les épisodes se suivent et se ressemblent, la série marche dans les clous et la morale est toujours sauve. Mais son indiscutable efficacité et sa constance dans l'efficacité et l'humour suffisent à en faire, pour la seconde année consécutive, l'un des programmes les plus drôles actuellement disponibles sur le marché.

Deux épisodes références pour cette saison : "Caught in the Act" (2x13), petite merveille d'écriture ciselée & "Bigby's Back" (2x14), très représentatif de la série par son côté prévisible mais incroyablement efficace quand même


La plus touchante : Raising Hope. Elever un enfant lorsque l'on est bien trop jeune pour la paternité n'a rien de facile ; l'élever à l'aide de ses parents, eux-mêmes légèrement immatures, pour ne pas dire complètement chtarbés... c'est une sacrée aventure. Le postulat est on ne peut plus banal, mais Raising Hop est si pleine de fantaisie et de tendresse qu'elle fait couiner sans relâche le petit coeur du gentil téléspectateur. Marrante, délirante et parfois franchement régressive (Greg Garcia est tout de même l'homme de My Name Is Earl), Raising Hope, qu'on situera quelque part entre Malcolm in the Middle (pour la famille américaine ploucos et gentiment secouée) et Scrubs (pour le côté initiatique confinant souvent à la mélancolie) est un de ces petits plaisirs simples dont on aurait tort de se priver. Là encore, le casting est impeccable et choral, et sans avoir l'air d'y toucher, les auteurs trouvent presque toujours le ton juste entre potacherie, burlesque et scènes plus intimistes. L'une des très bonnes surprises de la saison.

Deux épisodes références pour cette saison : "Dream Hoarders" (1x03), tellement bien vu & "Family Secrets" (1x06), un épisode typique, aussi mignon que tordant.


Community (saison 2), créée par Dan Harmon (NBC, 2010-11)


Modern Family (saison 2), créée par Christopher Lloyd et Steven Levitan (ABC, 2010-11)


Raising Hope (saison 1), créée par Greg Garcia (FOX, 2010-11)



(1) Au passage, on utilisera une petite note de bas de page pour rappeler au souvenir des lecteurs du Golb Bored to Death et surtout Louie, qui sans être des sitcoms à proprement dire comptent parmi les comédies les plus réussies des deux dernières années. Voilà bien longtemps qu'on n'aura pas compté autant de comédies dans les charts de fin d'année.

14 commentaires:

  1. Raising ! Raising ! Raising Hope !

    RépondreSupprimer
  2. Des trois celle que j'iame le moins est quand même Modern Family, trop carrée, pas assez délirante je trouve. Et ma préférée est of course Community :)

    RépondreSupprimer
  3. Personnellement j'ai lâché assez vite la saison 2 de Modern Family (que j'essaierai de rattraper), alors que j'avais adoré la saison 1. Je ne trouvais plus ça drôle du tout. Typiquement le genre de série qui se repose sur ses lauriers.

    Sinon, ça donne très envie de découvrir Community ;)

    RépondreSupprimer
  4. Je suis d'accord avec Typh, Modern Family a beaucoup baissé. Repos sur les lauriers - effet de surprise = j'ai arrêté.
    Un bon exemple : j'ai vu les trois séries dont tu parles, mais Modern Family est la seule dont les "épisodes références" ne me disent rien du tout...

    RépondreSupprimer
  5. Les trois sont sympas mais Community est quand même très très au-dessus des autres. J'adore ces 20 et qqs minutes hebdomadaires où on a l'impression que les mecs vont faire ce qu'ils veulent quand ils veulent comme ils veulent, c'est complètement rafraîchissant et c'est exactement l'inverse de Modern Family où tout est écrit, pensé, calculé, et où la spontanéité est proche de zéro (comme le dit la princesse ;)

    RépondreSupprimer
  6. Il serait temps aussi qu'elles arrivent en France, après la 987654ème rediffusion de Friends

    RépondreSupprimer
  7. Anonyme a raison. C'est surtout choquant pour Community qui est nettement une des meilleures séries de ces dernières années (tout genres confondus). Quant à Modern Family, je ne comprends pas qu'elle ne passe pas sur une chaîne plus grand public que Paris 1ère!

    RépondreSupprimer
  8. Non mais arrête avec Scrubs, ces trois séries sont rien à voir. Community lui ai mille fois supérieure, Raising Hope a vraiment sa touche elle. J'aime pas trop Modern Family. Trop...familiale.

    RépondreSupprimer
  9. Typh & Bloom >>> Beaucoup baissé, je ne vois pas trop en quoi... la série n'a pas non plus un potentiel extraordinaire, elle a toujours plus brillé par son efficacité que son inventivité tout de même...

    Lil' >>> bien sûr que Community est très au-dessus du lot (ça se voit dans la note).

    Serious >>> rien à voir ? En dehors du fait qu'elle a littéralement inventé le "délire absurréaliste" et fantasmatique dans le single-camera sitcom, non, tu as raison, rien à voir :-)

    RépondreSupprimer
  10. Marrant comme Serious perd ses moyens orthographique quand il s'enerve... (oui je sais, c'est bas)

    Mais c'est clair que Community doit beaucoup à Scrubs!! En fait, chacun des personnage masculins de Community (Pierce mis à part) et en quelque sorte la personnalisation d'une facette de JD, je trouve.

    Bon, il me reste encore le season finale à voir, mais peu de choses m’auront autant fait marrer que Community cette saison. a part peut-être Misfits.

    RépondreSupprimer
  11. Je n'ai pas encore regardé Community, et je n'ai pas vraiment envie de voir Modern Family (ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas, je crois que je trouve le titre tellement mauvais que je ne peux pas me motiver du tout). Bref, je ne suis pas fan des sitcoms...

    Mais Raising Hope, l'air de rien, a réussi à m'accrocher, et je le regarde toutes les semaines. Je ne sais pas si c'est la plus touchante, ou si c'est moins fin que Community, mais en tout cas, dès que Burt ouvre la bouche (ou assomme des gens à coup de guitare), je ris... Et ça ne m'était pas arrivé depuis très longtemps en regardant quelque chose à la télé!

    RépondreSupprimer
  12. Guic' >>> et encore, Misfits était vachement sombre, en saison 2. Je ne la classerais plus vraiment en comédie...

    Melou >>> oui et d'ailleurs, rendons à César ce qui est à Melou, c'est bel et bien suite à ton enthousiasme sur le sujet que je me suis mis à Raising Hope.

    RépondreSupprimer
  13. Guic > je perds mon français c'est tout. et c'est vrai que c'est bas.

    RépondreSupprimer

Si vous n'avez pas de compte blogger, choisir l'option NOM/URL et remplir les champs adéquats (ce n'est pas très clair, il faut le reconnaître).