lundi 30 mai 2011

Atari Teenage Riot - In a Flash Pure of Destruction

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Il fallait bien que cela arrive. On le craignait, bien sûr. Les gouvernements du monde entier avaient été mis en garde. Des précautions avaient été prises. En vain : après Fukushima et avec le retour du débat sur le nucléaire, et alors même que l'Allemagne vient d'annoncer qu'en en sortirait d'ici 2022, il était évident que la prochaine étape se devait d'être le retour de l'indus-punk-post-atomique teuton d'Atari Teenage Riot. Plus vraiment teenage évidemment (Nic Endo a désormais la trentaine bien entamée ; Alec Empire aura quarante ans l'an prochain), mais toujours aussi insoumis.


Pour ceux qui n'auraient pas été là dans les années quatre-vingt-dix, bref rappel des faits : en ces temps reculés où certains lecteurs du Golb têtaient encore le sein de leurs mômans, ATR (pour les intimes) était considéré - en toute modestie - comme le groupe le plus violent du monde. Typiquement le genre de titre qui finit par gicler au bout de quelques années, à cette nuance près que sur scène, le groupe s'adonnait effectivement à un terrorisme sonore sans précédent dans le monde occidental. Le premier album donnait le ton dès son titre : Delete Yourself, ou comment un jeune quatuor berlinois allait récupérer la ceinture du rock indus honteusement dérobée par les Américains. Encore n'était-ce là que le début d'une trilogie de hardcore synthétique, tribal et apocalyptique, qui culminera avec l'extraordinaire 60 Second Wipe out (dernier album en date jusqu'à cette semaine) et verra un gamin (très très) énervé être adoubé par le Dieu Reznor lui-même.

La suite est un classique du genre : split au commencement du sommet de la gloire, mort du trop bien (sur)nommé Carl Crack, brouille avec Hanin Elias pendant l'enregistrement de son premier album solo (dont Empire était le producteur). Et puis bien sûr, la cohorte des projets parallèles avortés et des travaux persos ne trouvant jamais vraiment leur public. Le chemin habituel, tortueux quoique balisé, vers la reformation. Sauf que.


Dès les premières notes de ce tonitruant Is This Hyperreal?, on comprend qu'avec Atari Teenage Riot les choses ne se passeront pas exactement comme avec tous les autres. C'est comme si ces gens n'étaient jamais partis, ce qui d'ailleurs est un peu vrai puisqu'Endo fut plus ou moins impliquée sur tous les albums d'Alexander Wilke-Steinhof (de son vrai nom) depuis dix ans (notamment l'exceptionnel Intelligence & Sacrifice) et ne cessa jamais de l'accompagner sur scène. L'alchimie n'a jamais disparu, et désormais livré à lui-même (ou presque : l'inénarrable CX KiDTRONiK les a rejoint entre temps), le duo peut tranquillement déverser sa morgue habituelle, entre une brailleuse décomplexée et Empire dans son rôle préféré d'Iggy Pop de l'ère numérique. On disait après tout qu'ATR jouait du digital hardcore - il eût été absurde qu'il ne nous livrât pas au moins un album 2.0.

Celui-ci est sans doute moins meurtrier qu'un 60 Second Wipe out, un peu plus catchy parfois (il suffit d'écouter "Blood in My Eyes" ou "Black Flags" pour s'en apercevoir), mais il conserve en lui une brutalité et une puissance de feu largement au-dessus de la moyenne. En cela, c'est sans doute l'album dit "de reformation" le plus réussi que l'on ait entendu depuis bien longtemps. Nulle envie de faire de la figuration, nulle motivation pécuniaire (ATR n'a jamais vraiment vendu et, en groupe anarchiste ultime, s'en tamponne sans doute pas mal), juste le plaisir évident et communicatif de revenir à des amours perdus, electronica dansante et bruyante à la fois, metal hybride, punk aussi expéditif que l'opération de capture d'un chef terroriste. L'effet sur l'auditeur est approximativement le même : tétanie durant les deux premières écoutes, nostalgie durant les deux suivantes, joie contaminée par la haine de l'Empereur pour ce qui est de la suite. Comme tous les genres se targuant de révolutionner aussi la technique, l'indus est devenu ringard encore plus vite qu'il ne fut novateur. Rares sont ceux sachant encore en faire du bon et du méchant aujourd'hui, à part quelques vieilles gloires sur le retour. Alec Empire et Nic Endo avaient conservé la recette originale de leur digital hardcore dans un coin à l'abri de l'humidité, et le résultat est toujours aussi sec et épicé. Rien que pour l'excellent "The Only Slight Glimmer of Hope", on s'agenouille et on signe.


Is This Hyperreal?, d'Atari Teenage Riot (06/06/2011)



A lire également : la chronique de NATHAN, sur Playlist Society

8 commentaires:

  1. Pas encore écouté l'album mais l'extrait donne envie. On retrouve en effet très bien ce putain de groupe ;-)

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  2. Par contre tu sais que tu as oublié de mettre le lien sur "à lire également la chronique de Nathan" :-)

    http://www.playlistsociety.fr/2011/05/atari-teenage-riot-is-this-hyperreal/15198/

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  3. Oh là, oui... désolé, je suis un peu malade en ce moment. Merci de ta vigilance.

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  4. Ah, intéressant, ce retour. Personnellement, je préfère les albums solo d'Empire, soit plus expérimentaux (les premiers), soit plus posés (les derniers). Mais un nouveau ATN, cela ne peut qu'être bon à prendre.

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  5. "tétanie durant les deux premières écoutes, nostalgie durant les deux suivantes, joie contaminée par la haine de l'Empereur pour ce qui est de la suite." --> Top cette synthèse :)

    Même si l'album manque de fond, il reste une sacrée claque et un bel exemple de reformation réussie !

    (Oh on est encore d'accord !!!^^)

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  6. Laiezza >>> je me souviens en effet que tu avais été une des rares à encenser le dernier Empire, du temps où tu bloguais encore... personnellement je préfère quand même la période Low on Ice...

    Benjamin >>> oui, c'est troublant je trouve, tous ces accords :-)

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