vendredi 18 février 2011

Traffic - La Curiosité est un vilain défaut

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Certains groupes ne croisent jamais notre route, sans raison apparente sinon le hasard, peut-être assorti d'un manque de curiosité qui après tout, à un âge comme le mien, est excusable (j'ai renoncé à tout connaître aux alentours de 1999). On croise leur nom occasionnellement, au fil des années, on entend un titre par-ci par-là, mais on éprouve jamais spécialement le besoin ni l'envie d'en savoir plus, et un beau soir on se fait étaler dans un blind-test parce qu'on n'a pas su les reconnaître. Alors on se montre un peu curieux, et lorsqu'on découvre que le chef-d'œuvre dudit groupe vient d'être justement réédité, on se dit que c'est l'occasion ou jamais de faire connaissance. Après tout, les rééditions ne sont pas faites QUE pour écrire des articles faciles sur des albums qu'on connaît par cœur (même s'il est évident que c'est le but principal de cette rubrique, je n'essaierai pas de vous duper).

Le hic c'est qu'il arrive que certains groupes ne soient pas faits pour croiser notre route, et ce genre de piètre raisonnement nous amène à la croiser quand même, victime consentante de la médiocrité artistique et du néant intellectuel. Ainsi Traffic, que je ne connaissais pour ainsi dire pas il y a trois jours, s'est-il être avéré être la plus grosse purge que je me sois envoyée ces dernières semaines, convaincu que j'étais de m'apprêter à découvrir un groupe génial tombé en désuétude... alors que le groupe de Steve Winwood (pas celui du Spencer Davis Group , hein... un homonyme... non ?) évoque plutôt un cousin germain de Supertramp, en un peu plus présentable mais en tout aussi dégénéré.


Purge parmi les purges, le premier morceau, 'Glad' (on ne veut même pas savoir de quoi), est une interminable branlette pseudo jazz-rock à faire passer n'importe quelle musique d'aéroport pour le dernier album de Radiohead (alors que bien sûr, elle n'est que le dernier album d'Air). La meilleure manière de décrire l'Innommable étant encore de dire ce qu'il n'est pas, disons que l'approche du jazz de Traffic peut-être vu comme la jumelle inversée de l'approche développée par King Crimson à la même époque. Soit donc prétentieuse, démonstrative et molle. De toute façon chez Traffic, tout est mou, même les passages censément rock semblent émasculés. Encore n'est-ce là que le début.

Car dès la dix-huitième seconde de 'Freedom Rider', l'impensable se produit : ça commence à chanter, évidemment dans un registre suraiguë et sur-maniéré (quand on vous disait que tout était émasculé). Disons-le franchement, ce morceau est d'une laideur rare, qui confine même à la poésie lorsque le groupe, en pleine euphorie créative, décide d'offrir au monde une minute dix-neuf secondes d'un poignant... solo de flûte. Et là, normalement, rien qu'à lire ces trois mots alignés, "solo de flute", vous avez théoriquement tous déjà fui. Putain. Un solo de flûte, quoi. Y'a pas à dire dans les seventies, les groupes ne se refusaient rien.

La suite continue dans le même registre, fleurant bon ce bon vieux temps naphtaliné où les musiciens étaient des virtuoses se réunissant dans des granges pour faire semblant de jammer pendant des heures (eux ils disaient "taper le bœuf" - c'était vraiment une autre époque). Le pire, c'est que par instants ce n'est pas si mauvais. 'John Barleycorn Must Die' évoque un mélange de Led Zeppelin III et de Crosby, Stills & Nash, et si l'on oublie qu'il dure presque sept minutes, il parvient à sauver l'album du néant. Le reste relève plus de l'alternance d'idées intéressantes et de kitscheries en tout genre, entre moments où le groupe se la joue soul ('Empty Pages'), et prophéties jazz-pop-prog-FM du plus mauvais effet (le quatrième titre annonce Status Quo, le cinquième Harry Connick Jr). Finalement, c'était peut-être bien 'Glad' la meilleure du lot. J'avoue ne pas avoir eu le courage de la réécouter pour vérifier.


John Barleycorn Must Die, de Traffic (1970)

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