lundi 22 novembre 2010

Florent Marchet - Un bon album pop

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Celui-là, on a un peu tardé à vous en parler. On a même failli ne jamais le faire. C’est qu’à la première écoute, il faut bien le reconnaître, le très attendu troisième album de Florent Marchet n’est pas spécialement enthousiasmant. Pas mauvais (Marchet est un mélodiste bien trop fin pour foirer un disque entier), mais pas non plus génial. Or les coups de génie, c’est précisément ce à quoi ce songwriter discret et surdoué nous a habitués depuis ses débuts il y a six ans. Nous parlons tout de même d’un des tous meilleurs artistes français en activité.

C’est qu’après le remarquable Rio Baril, concept-album brillant qui ne fit que se bonifier avec le temps, on était raisonnablement en droit d’attendre de Marchet un chef-d’œuvre. Or si Courchevel, dont le seul titre suffit à provoquer l’angoisse, se révèle au fil des écoutes… il est dès le départ assez clair qu’il n’est pas un chef-d’œuvre et est même très probablement inférieur à son prédécesseur – véritable déflagration pop dans une scène française ronronnante… et qui ne sut guère lui rendre hommage (comme tous les objets inclassables dont accouche l’Hexagone, le pic artistique fut un four commercial).


On pourrait passer des pages à lister les raisons pour lesquelles Courchevel est moins réussi. Il n’est pas sûr que cela soit d’un grand intérêt, alors résumons : thématiquement et émotionnellement parlant, il s’agit à l’évidence d’une œuvre moins forte que le crépusculaire Rio Baril, qui savait lorsque c’était nécessaire vous retourner la tête et vous nouer les tripes (réécouter "Les Cachets" pour s’en convaincre). Sans être joyeux dans le fond, Courchevel est plus guilleret dans la forme. Laquelle a parfois tendance à chercher des mélodies un peu trop faciles venant d’un auteur comme Marchet, dont la touche est immédiatement reconnaissable mais qui, inévitable revers de médaille aussi dorée soit-elle, peut aussi par instants donner l’impression que tout ça ne se renouvelle pas des masses (voir "L’Eau de rose").

On pourrait donc passer encore quelques pages sur le sujet, mais ce ne serait pas rendre justice à un album qui, si l’on prend le temps de s’y attarder, demeure résolument au-dessus de la moyenne. Son problème est que foncièrement, on attend plus de Marchet, autrefois comparé à Elliott Smith pour sa capacité à habiller sa dépression d’harmonies luxuriantes et de refrains cristallins, qu’un « bon album pop ». Ce sentiment a beau être impossible à réprimer, il oublie que de simples « bons albums pop », chez nous, on n’en entend pas des masses. Qui en 2010 peut se vanter de produire des choses à la fois aussi accessibles et exigeantes que "Benjamin" ou "La Famille Kinder" ? Les années où Dominique A ne publie pas d’albums (celle-ci, par exemple), Florent Marchet est seul dans une catégorie où il n’a aucun rival et qui n’existait pour ainsi dire pas avant son fameux premier opus (Gargilesse, en 2004).

Osant régulièrement une pop catchy et très anglo-saxonne ("L’Idole", "La Charette"), Courchevel est de surcroît un album somptueusement produit, pétri de trouvailles et fleurant bon l’audace du type qui, n’ayant plus label à perdre, ose tout, même l’orchestral ("Hors-piste") ou la pochette kitsch. Ne venons-nous pas là de donner la définition parfaite de l’artiste si rare qu’il faille le préserver ? Courchevel est un bon album, voire un très bon par instants, et si l’on vous en parle si tardivement c’est que "Qui suis-je ?" et quelques autres perles aidant, on a fini par éprouver une profonde culpabilité à l’idée de l’avoir rangé trop vite.

Le voici donc ressorti, on l’espère pour un moment.


Courchevel, de Florent Marchet (2010)

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