jeudi 5 août 2010

The Charlatans - Dernier inventaire avant liquidation

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Les Charlatans (les vrais, les seuls, les anglais menés par Tim Burgess) n'étaient pas le groupe le plus populaire de Madchester, mais rétrospectivement on se demande un peu pourquoi. Parce qu'on a voulu à un moment les réduire à des suiveurs des Stone Roses ? Parce que dès le second album, c'était déjà nettement moins bien ? Parce que le baggy s'est trop vite démodé et que lorsqu'il est revenu à la mode, il n'avait plus grand-chose à voir avec la britpop ? Aucune idée. Ce qui est sûr, c'est que les Charlatans auraient dû devenir bien plus gros et que leur postérité (quasi nulle) est sans commune mesure avec leur talent.

D'une certaine manière, on peut considérer Some Friendly - premier et meilleur album du groupe - comme une apothéose du courant Madchester (au sens strict du terme, c'est-à-dire la scène qui émergea dans la foulée des Happy Mondays et qui crut bon de se reconnaître dans le quasi slogan Madchest Rave on!). Même si comme à Londres en 77 tout ce beau monde n'est séparé dans le temps que par une poignée de mois, les Charlatans incarnent déjà une presque seconde vague qui ne culminera finalement jamais - Madchester sera finalement aspirée par l'ouragan britpop auquel (paradoxe qui ne laisse d'étonner) la plupart de ses groupes ne résisteront pas. Et Some Friendly peut être vu comme le disque faisant sans même le vouloir la synthèse du mouvement, le dernier inventaire avant liquidation... voire la synthèse de quinze ans d'effervescence mancunienne.


Evidemment proches de leurs camarades dans le son, les Charlatans sont en effet au moins autant influencés par les Smiths que par les Stone Roses - il suffit d'écouter la toujours extraordinaire 'White Shirt' pour s'en apercevoir. Devoto n'est lui-même jamais très loin, et New Order compose ma foi une toile de fond toujours agréable dans la grisaille de leur ville d'origine (les Charlatans enregistront d'ailleurs peu après un single intitulé 'Weirdo', homonyme à l'une des meilleures chansons de Bernard Sumner... et ce qui serait partout dans le monde une banale coïncidence ne peut rien devoir au hasard à Manchester). Par instants, toutes ces influences sont tellement bien agglomérées qu'on jurerait entendre le groupe mancunien ultime : le meilleur crossover entre les guitares des Smiths et le son de New Order ne figure pas sur le premier album d'Electronic, qui sortira six mois plus tard ; c'est tout simplement 'Polar Bear', pépite de ce debut des très inspirés Charlatans.

Bien entendu tout cela a un peu vieilli, comme quasiment tout le rock psyché des années quatre-vingt (car ce n'est finalement que cela). Cela dit, pas plus et même plutôt moins que ce que les Happy Mondays produisaient à la même époque. Ressorti dans une belle double édition au printemps dernier, Some Friendly accuse plutôt bien ses rides, et une fois n'est pas coutume le second CD ne se moque pas du monde - même s'il n'est pas exempt de quelques bizarreries (ainsi on comprend mal pourquoi l'excellente 'The Only One I Know' a été retirée de l'album original pour échouer en bonus avec ses faces B de l'édition single). Les "raretés" (le mot a-t-il encore un sens aujourd'hui ?) sont excellentes, les habituelles Peel Sessions... délicieuses. Le son, pour sa part, est très bon, rendant joliment hommage aux qualités harmoniques du groupe (et plus spécialement à la basse de Martin Blunt, parent pauvre des vieilles éditions). Faut-il le préciser ? Some Friendly est évidemment indispensable à quiconque aime les Smiths, Madchester ou le rock psychédélique. Ou les trois, bien sûr, mais si c'est le cas vous l'avez sûrement déjà.


Some Friendly [20th Anniversary Edition], des Charlatans (1990 pour l'édition originale)

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