dimanche 4 avril 2010

Sleeper Cell - Loi du genre

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[Article précédemment paru sur Interlignage] La presse aime les formules faciles. Nous inclus, d'ailleurs (preuve en est le titre très moyen de cet article). Ce n'est pas sa faute : elle doit parfois aller au plus simple, synthétiser les choses, non pour elle-même mais pour son récepteur - c'est-à-dire : vous, chers fidèles d'Interlignage. Avec son (beau) héros musulman mais gentil, ses méchants musulmans mais avec un cœur quand même, son infiltration, son espionnage et ses chausse-trappes, Sleeper Cell avait donc très peu de chances d'échapper au qualificatif d'anti-24. C'est humain. Du moins : c'est journalistique.

Rétrospectivement, bien entendu, cela fait doucement sourire. Lancée en décembre 2005 sur un Showtime qui n'était pas encore devenu le nouvel Eldorado des producteurs de série, arrêtée à peine plus d'un an plus tard dans une indifférence quasi générale... Sleeper Cell n'a jamais vraiment tenu les promesses de ses effets d'annonce - et pour cause : ces derniers participaient tous plus ou moins d'une idée reçue totalement fausse selon laquelle 24 serait cette série d'action réactionnaire dénuée de profondeur... aberration hélas trop souvent répandue, le plus souvent par des gens qui voient les séries sans jamais les regarder. On nous promettait, avec Sleeper Cell, plus de profondeur ? Plus de réalisme ? On récupérait surtout plus de didactisme et de bien-pensance, avec en prime une action au rabais.

Car Sleeper Cell (malentendu quand tu nous tiens...) n'a dans le fond jamais joué dans la même catégorie que les aventures de Jack Bauer. Bien plus proche d'In Deep, série britannique (in)connue chez nous sous le titre d'En immersion, elle brillait surtout par son ambiance mélancolique et poisseuse, et mettait en relief avec un véritable talent les difficultés de la vie de l'agent infiltré, mentant constamment, jouant un double voire un triple jeu et risquant sa peau à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Certes, il y avait une approche de la lutte anti-terroriste plutôt intéressante - Grâce soit rendue à la batterie de consultants du F.B.I. n'ayant a priori rien de mieux à faire de leurs journées que de bosser sur une série télé. Mais le réalisme n'a jamais fait les œuvres ; et si Sleeper Cell était un programme sortant du lot, c'était avant tout pour son ambiance, la qualité de sa réalisation ou ses interprètes irréprochables. De même que ses défauts ne venaient en rien des moments où elle abandonnait le réalisme, mais bien de son relatif manque de rythme, de certaines lourdeurs dans la narration qui, sans la rendre mauvaise, autorisaient le spectateur à avoir certaines réserves à son sujet.

Pourquoi raconter tout cela au passé, me demanderez-vous ? Tout simplement car, comme on pouvait le craindre, on ne retrouve pas vraiment dans cette saison 2 ce qui nous avait captivé dans la précédente. Comme tant d'autres avant elle (Prison Break, Damages, Californication, Carnivale... la liste est sans fin), on se dit que Sleeper Cell aurait probablement gagné à rester un one-shot. Une saison compacte et globalement convaincante, avec début-milieu-fin, et fermez le ban.

A la place on a le droit - ce n'est hélas pas une surprise - à une version outrée de la première occurrence (le sous-titre digne d'un téléfilm de quatrième partie de soirée sur M6, Terreur en Amérique, est tragiquement éloquent), avec un Darwin essayant de vivre sa vie en paix jusqu'au moment où on le vient chercher parce que lui seul est l'homme de la situation (cela valait bien la peine de nous vendre un anti-24 si c'était pour carrément dupliquer l'intro de sa saison 2). Ré-infiltré en urgence, voilà qu'il doit dealer avec une situation lui échappant complètement, tandis que les fantômes des terroristes qu'il a contribué à mettre en déroute l'année précédente recommencent à se faire entendre.

Ici réside le principal défaut de cette saison 2 : on espérait que les scénaristes auraient l'intelligence de faire table-rase du passé plutôt que de nous ressortir Farik (le chef de la première cellule dormante) et de vouloir nous offrir une suite fatalement indigne. Raté : après une entrée en matière tout à fait réussie, la série part nettement en vrille, commettant le péché d'excès et perdant hélas beaucoup de sa substance. C'est d'autant plus regrettable que du point de vue formel, elle conserve la plupart des qualités qu'on lui connaissait : image soignée, mise en scène sobre, acteurs talentueux. Mais la profondeur des caractères en revanche, et notamment leur rapport complexe à la religion, est progressivement évacuée pour céder la place à un thriller relativement ordinaire et relativement efficace. Pas pire qu'un autre, mais rarement meilleur. Regardable, mais parfaitement dispensable. Une déception, en somme.


Sleeper Cell, créée par Ethan Reiff & Cyrus Voris (Showtime)

Saison 1 (2005)


Saison 2 (2006)

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