vendredi 30 avril 2010

Elliott Smith - Bribes

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Après les débuts discrets dans une chambrette, voici réédité le grand chef-d'oeuvre inachevé, l'oeuvre ultime, au sens propre tout du moins. Mouais. Même des années après, il reste difficile d'évaluer à tête reposée le dernier album d'Elliott Smith (de grâce, New Moon ne compte pas), tant l'histoire - chaotique - de son enregistrement, intimement liée à la mort de son auteur, à tendance à tout brouiller. De cet album qu'il voulait être son Album Blanc, on sait qu'il ne restait que des bribes, des éclats à peine finis mais déjà sublimes. Qu'il fut en grande partie complété par d'autres (le producteur Rob Schnapf, fidèle d'entre les fidèles depuis Either/Or; Joanna Bolme, bassiste des Jicks de Malkmus et brève petite amie), respectueux du travail de leur ami bien sûr, très loin d'être lui évidemment. Quand Mary Guibert et Chris Cornell avaient réunis le groupe de Jeff Buckley pour exhumer les bandes de My Sweetheart the Drunk, ce n'est pas un hasard s'ils en avaient laissé une bonne part à l'état de démo.

A côté de cet autre disque posthume d'une icône des nineties, From a Basement on the Hill a l'air parfaitement abouti. On peut en tout cas l'écouter en oubliant totalement l'aspect posthume. C'est sans doute une qualité en soi, mais cela ne suffit pas à donner une image exacte de ce qu'il aurait été si Smith avait pu mener le projet à son terme. Sans faire dans la théorie de comptoire, on peut légitimement supposer qu'un morceau comme 'Coast to Coast' aurait au final été arrangé de manière plus subtile (commentaire qui fonctionne également, dans une moindre mesure, avec 'Shooting Star').

L'ironie de l'histoire est que ce double devenu simple est déjà, en l'état, bien trop long pour convaincre totalement. On n'ose imaginer ce qu'il en eut été si Elliott Smith avait seulement (sur)vécu six mois de plus. Surtout, il révèle ce que l'on soupçonnait malheureusement depuis quelques albums déjà : le génie commençait à sévèrement tourner en rond. A la manière de Cobain, trop parfait trop vite, Elliott Smith, trente-quatre à peine, souffrait déjà de sérieux tics de composition (voire de production, mais admettons que le doublage systématique de la voix faisait partie intégrante de son style). Un bon quart du disque est assez anodin ; un autre quart est réussi, mais sans grande surprise. Alors que Figure 8 montrait un Smith renouant avec le goût du risque et s'adonnant à un travail particulièrement ambitieux, From a Basement se contente de tracer le même sillon, mais là encore on ignore si telle était réellement l'intention de son auteur.

Cela n'enlève évidemment rien à la beauté d'un 'Fond Farewell' ou d'un 'Distorted Reality Is Now a Necessity to Be Free' (quoiqu'il existe de plus belles versions de la première sur des bootlegs). Mais en dépit de ses quelques moments de grâce, le recul impose de reconnaître que From a Basement on the Hill n'est pas aussi superbe que ce que l'on a bien voulu croire, dire, imaginer... fantasmer, peut-être. Un bon disque à l'inspiration fluctuante, dont la seule évolution par rapport aux précédents est surtout d'être encore plus sombre, désespéré et plombant.

Tu parles d'un sursaut.


From a Basement on the Hill, d'Elliott Smith (2004)


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