jeudi 10 décembre 2009

Siouxsie & The Banshees - Best of the 80's

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Ce sera sans doute la dernière chronique de réédition de 2009... et nous terminerons donc sur la meilleure. Réédition, pas chronique. Et d'ailleurs ce n'est pas tant la réédition, qui est exceptionnelle, que l'album réédité - sans le moindre doute l'un des tous meilleurs des années quatre-vingt. A Kiss in the Dreamhouse, ou l'apogée (le dernier chef-d'oeuvre, aussi, d'ailleurs). De Siouxsie. Du groupe sous son line-up mythique Siouxsie/Severin/Budgie/McGeogh. Du post-punk, aussi, si tant est qu'un album aussi riche et complexe puisse encore être rapproché du punk - fût-il post.

1982. J'avais un an, alors vous m'excuserez de ne pas très bien m'en souvenir. Reste que de cette année charnière, je retiens les deux mêmes disques que tout le monde : celui-ci et bien sûr Pornography. De Cure, ou cas où vous seriez assez néophyte pour l'ignorer. Cure et les Banshees, les groupes siamois qui, peu avant de se télescoper, publiaient à cinq mois d'intervalles des albums aux airs de jumeaux inversés. C'est fascinant quand on y repense : leurs musiques respectives ont suivi en parallèle des trajectoires rigoureusement inverses, celle des Banshees ne faisant que se complexifier tandis que Robert Smith louchait de plus en plus vers l'épure... pour au final, incompréhensiblement, se percuter le temps de projets communs inaboutis, puis repartir séparément mais dans des directions cette fois similaires (appelez ça "virage pop" ou comme vous voudrez).

A Kiss in the Dreamhouse est donc aussi riche, produit et saturé de détails que Pornography est désertique. Pourri gâté de violons, d'overdubs, de synthés. Vous cherchiez un exemple pour illustrer le terme luxuriance ? Achetez A Kiss in the Dreamhouse, vous gagnerez du temps. Le disque le plus bigarré et foutraque des années quatre-vingt... qui loin d'être desservi par son obésité s'avère si fourmillant qu'il ne peut que passionner. Au-delà des très grandes chansons qu'il renferme ('Cascade', 'Melt!', 'Slowdive'... de toute façon entre 1980 et 83 les Banshees n'ont écrit que ça, des grandes chansons), voici un album entêtant... obsédant, même. Les guitares y tourbillonnent, les rythmiques s'y fracassent et la voix est inquiètante, malsaine... rock'n'roll en somme. Onirique et torturé, il montre un groupe au sommet de son art en terme de maîtrise instrumentale autant que d'inspiration. 'Circle', l'étrange 'Green Fingers' ou le symphonique 'Fireworks' (single paru quelques mois plus tôt et adjoint à la présente réédition)... tous témoignent de la même incroyable approche psychédélique et décomplexée. Même s'il a vieilli (moins que sa pochette, cependant, dont on se demande comme elle a pu ne pas sembler affreuse à l'époque), réécouter A Kiss in the Dreamhouse aujourd'hui est bluffant. Le gothique, d'ailleurs, ne s'en est jamais remis - condamné à décliner éternellement la même imagerie sans plus jamais effleurer le génie de Siouxsie et de ses sales bestioles.


A Kiss in the Dreamhouse, de Siouxsie & The Banshees (1982)



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