samedi 10 octobre 2009

Festival d'Île de France : Tony Allen vs General Elektriks

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C’est ce qu’on appelle dans le langage parfois crypté des rédacteurs : « une super soirée ». Une manière – un peu elliptique j’en conviens – de dire que tout était bien, et même très bien.

Un quart d’heure avant vingt heures, La Cigale est déjà prise d’assaut par une foule compacte qui ne diminuera pas de sitôt. Un type erre comme une âme en peine et interroge le chaland (« Hé, tu vends pas des places ? »), la file d’attente est mixte, étonnamment jeune, étonnamment blanche, aussi. Un peu à l’écart deux filles à peine majeures vident de ces espèces de boissons à base de vodka dont je ne me rappelle jamais le nom, la première a vu Tony Allen à L’International quelques semaines plus tôt, elle a trouvé ça extraordinaire et ça ne l’étonne pas que ce soit complet ce soir. Moi non plus. On ne croise pas des légendes vivantes toutes les semaines, même dans les salles parisiennes.

Il faudra cependant attendre un bon moment avant d’assister à sa prestation ; ce sera le seul bémol de la soirée, cette attente interminable entre les groupes. C’est toujours un peu la même histoire dans les concerts, il n’empêche que c’est long et que ceux qui en cette période de crise n’ont pas l’envie ou les moyens d’aller dépenser quatre euros (!) pour une canette de Heineken (!!) en seront pour leurs frais (sans mauvais jeu de mots). Le pire c’est qu’à force d’attendre et d’en avoir marre d’attendre, beaucoup vont manquer le début des hostilités et la prestation éclaire d’Is What!? (nous les premiers). Par contre bien sûr, sans quoi ce ne serait pas drôle, nous ne louperons pas la nouvelle plage d’attente avant l’entrée en scène de General Elektriks.

C’est à ce moment précis que nous passons dans la catégorie « une super soirée ». General Elektriks va livrer un show exceptionnel, galvanisant et largement à la hauteur d’un enjeu dont on viendrait presque à douter. Finalement à les voir, ouvrir pour une légende vivante a l’air très simple. Le Français exilé en Californie et son groupe s’avèrent écœurants d’aisance, jonglent entre les styles (pop, funk, electro)… pour finir sous un tonnerre d’applaudissements. On aura beau chercher après, impossible de tomber sur quelqu’un n’ayant pas adoré leur prestation. Pour vous dire, je me suis jeté le lendemain sur leur excellent album Good City for Dreamers, chose que je ne fais quasiment jamais d’habitude.

Encore une bonne quarantaine de minutes d’attente qui nous verront tourner en rond à la recherche d’une place correcte (la salle se remplit un peu plus à chaque seconde, bien sûr), et voici qu’enfin Tony Allen et son groupe foulent la scène de La Cigale, sourires aux lèvres et embouteillage dans la fosse. La température monte d’un cran, mais c’est moins la musique qui réchauffe que le bonheur manifeste irradiant tant le public que des musiciens de toute évidence ravis de jouer devant une assemblée aussi nourrie. Derrière nous un couple se lance de suite dans un zouk endiablé (on n’osera pas les déranger pour leur dire que Tony Allen ne joue pas de zouk du tout…), et devant pas une tête qui ne soit en train de dodeliner ni une paire de fesses qui ne se soit naturellement mise à remuer. Surélevé juste ce qu’il faut pour que tout le monde puisse le voir, Allen ne semble pas spécialement goûter les joies de la starification – ce qui ne l’empêche pas de mener la danse d’une main de fer (au sens propre comme au sens figuré). Son jeu est d’une telle finesse, d’une telle fluidité qu’on regretterait presque de ne pas être chez soi à l’écouter au casque – les pseudos musiciens ne jurant que par la technique auraient assurément beaucoup à apprendre d’un tel concert, placé sous le règne du groove et de la subtilité.

On pourrait arguer que pour réussi qu’il fût, le show s’avéra tout de même sur la longueur un poil trop carré, trop pro… comme c’est souvent le cas avec les artistes accusant bon an mal an leurs quatre décennies de carrière. Reconnaissons cependant que ce n’est pas là l’essentiel, et que la part d’improvisation, d’irrationnel fut largement prise en charge par un public un peu plus conquis à chaque nouveau morceau. Venus applaudir un monstre sacré, on en aurait presque fini par oublier sa présence pour se laisser porter par la langueur d’un répertoire décidément exceptionnel, bigarré et se défiant encore et toujours des étiquettes. Peut-être est-ce d’ailleurs la signification discrète du placement d’Allen dans le coin supérieur gauche de la scène : il s’efface derrière le groupe qui s’efface derrière la musique – pas un pour tirer la couverture à lui.

Un concept que les artistes occidentaux auront toujours du mal à comprendre…

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