lundi 28 septembre 2009

Dana Janssen (Akron/Family) - World Psychedelia

...
Dana Janssen est proche de son public. En fait : il lui ressemble beaucoup. Simple, souriant, bien dans sa peau, amateur de café1… il rappelle bien plus tous ces gens croisés dans les concerts d’Akron/Family, heureux et ouverts presque malgré eux, que le batteur/chanteur/slide-guitariste/mille autres trucs encore du plus grand groupe apparu dans la seconde moitié de cette décennie.
 
Proche de son public, le voilà donc aussi embarrassé que le premier blogueur venu lorsqu’on lui demande comment il définirait la musique de son fabuleux groupe – question que l’on doute pourtant d’avoir été les premiers à poser. Mais loin de s’en formaliser, Dana met plein de bonne volonté dans sa convocation méthodique de toutes les grandes étiquettes (rock, folk, psychédélique) – tant pis si c’est pour mieux parvenir à la conclusion qu’aucune ne colle et qu’Akron/Family les explose toutes. Alors on cherche du côté des autres, des influences ou des modèles. En vain : aucun groupe présent ni passé ne ressemble à celui-ci, à plus forte raison à présent qu’il a achevé de se démarquer de l’influence de son parrain Michael Gira2. Après avoir évoqué « un mix entre Fela Kuti, The Grateful Dead et Fugazi », Dana finit par accepter d’inventer un terme juste pour l’occasion. Ce sera « world psychedelia », étiquette pas plus réductrice qu’une autre… dans la mesure où, contrairement à ce qui se raconte souvent par paresse intellectuelle, les étiquettes le sont rarement. C’est vrai non, quand on y pense ? Quels mots ratissent plus large que « rock » ou « folk » ? Que peut-il y avoir de moins évocateur que le mot « world » (global s’il en est) accolé au mot « psychédélique » (que tout le monde utilise tout en ayant oublié le sens depuis bien longtemps) ?

Alors va pour world psychedelia, qui a le mérite de rendre hommage à la richesse des influences d’un des rares groupes véritablement inclassables qu’on puisse entendre en 2009 – quand tant d’autres se défient des étiquettes sans doute parce qu’ils savent qu’elles ne leur conviennent que trop bien3.


D’ailleurs dans la vraie/fausse famille, tout est inclassable – jusqu’aux individus eux-mêmes : tout le monde chante, tout le monde joue de plusieurs instruments et tout le monde s’investit dans le processus d’écriture. Au point qu’on ait un peu de mal à vraiment comprendre ce que Dana veut dire lorsqu’il déclare que Set ‘em Wild, Set ‘em Free, dernier album en date et chef-d’œuvre encensé dans nos pages, est un album « plus collectif » que les précédents. Il évoque alors le départ de Ryan Vanderhoof comme élément déclencheur, la refondation du groupe, la fraîcheur des débuts retrouvée via la découverte des joies de l’auto-production… comme la somme d’évènements isolés ayant débouché sur une nouvelle et profonde fraternité animant le désormais trio. Pour les avoir vus sur scène lors de leur dernier passage en France, on confirme : Dana, Seth et Miles projettent l’image de gens extrêmement proches, un de ces groupes dont on a l’impression qu’il se connaissent et jouent ensemble depuis toujours (ce qui n’est pas tout à fait le cas4) et se comprennent au plus petit mouvement de cil (ce qui l’est assurément). Mais comment s’en étonner ?

La fraternité, l’amitié, la communion par la musique… Akron/Family n’a jamais chanté que cela. Ces notions sont contenues dans son nom, son attitude et bien sûr dans la diversité musicale dont le trio s’est fait depuis quelques albums le plus redoutable des prosélytes. Elles sont tout autant contenues dans la pochette du dernier album (qui mélange les étoiles de la plus fameuse des bannières pour lui redonner un sens que huit années de gouvernement Bush ont sali) ou dans le lien presque spirituel (ré)unissant le public à chacun de ses (formidables) concerts. Et si Dana ne se sent pas plus mystique que cela, il revendique en revanche avec un soupçon de fierté bien compréhensible l’envie de créer cette osmose entre des gens de différents horizons réunis autour d’un même morceau ; on aurait aimé lui demander si le groupe cherchait délibérément à réhabiliter l’idée d’horizontalité de la musique, lui qui propose un compromis si fascinant entre les sons et les cultures populaires d’ici ou d’ailleurs… mais malheureusement on n’a pas la moindre idée de comment le dire en anglais. Peu importe, en fait : voulu ou non, le résultat est là, et dans sa manière de se présenter comme une seule et même entité (plutôt qu’un groupe pourvu d’un leader) comme dans la complicité qu’il nourrit avec son public, Akron/Family semble toujours tout ramener au collectif. Ce qui, reconnaissons-le, ne surprendra personne venant d’un groupe dont l’une des plus belles chansons s’intitule " Love, Love, Love (Everyone)".


Dernier album : Set ‘em Wild, Set ‘em Free (Crammed Disc, 2009)




1. Et de Michael Jackson !
2.
Le leader des Angels Of Light les tint longtemps sous son aile, collaborant avec eux sur deux disques – un split-album éponyme ainsi que The Angels Of Light Sing ‘Other People’ – et produisant leurs deux premiers albums, Akron/Family (2005) et Meek Warrior (2006).
3.
Il est d’ailleurs amusant de noter que dans son humilité, Janssen n’aurait pas l’idée saugrenue de s’autoproclamer « artiste inclassable »… lui.
4.
Dana et Seth ont effectivement grandi dans la même ville et se connaissent depuis l’adolescence ; Miles, en revanche, ne les a rejoint que peu de temps avant leurs débuts discographiques.