dimanche 5 avril 2009

Scrubs - A débile, débile et demi

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La première fois que j'ai regardé Scrubs, j'ai trouvé ça complètement débile. C'était donc ça la super série que me vendaient mes cousins depuis des mois ? Au moins là, j'avais la preuve (toujours utile quand on est aussi nul en maths que je le suis) que nous n'avions pas le même âge et que nous n'étions pas de la même génération.

La seconde fois que j'ai regardé Scrubs, j'ai trouvé ça encore plus débile que la première fois, mais je me suis forcé à aller au bout... parce qu'on ne juge pas plus une série à son premier épisode qu'un album à sa première chanson (évidemment il y a quelques exceptions... pour les albums).

La troisième fois que j'ai regardé Scrubs, j'ai trouvé ça tellement débile que j'ai ri du début à la fin. Je me suis dit que ça faisait partie du concept : aller toujours plus loin dans la débilité. Un peu comme Nip / Tuck allant toujours plus loin d'abord dans le trash, puis dans le n'importe quoi. Après tout (me suis-je dit en mon for intérieur), la débilité, c'est une autre manifestation de la subversion.

La quatrième fois que j'ai regardé Scrubs, j'ai piqué un fou rire au milieu, tandis que la conscience du héros (J.D.) le plongeait dans un délire visuel complètement baroque.

Et puis j'ai arrêté de regarder Scrubs, parce que la saison 3 de Heroes venait de commencer et que j'avais d'autre priorités. Sauf que bizarrement, j'ai commencé à ressentir comme un manque. A me demander si J.D. et Elliott (qui est une fille en fait) allaient sortir ensemble. A regretter les diatribes interminables du Dr Cox. A siffloter le générique.

Alors j'y suis revenu. Six mois plus tard, tel que vous me voyez, je suis devenu totalement accro. J'ai avalé plus de la moitié des saisons disponibles sur le marché, je soupire à l'idée que la série se termine aux USA, je jubile à l'idée de retrouver chaque nouvel épisode... je me suis même mis à manger le midi. Ce que je ne faisais jamais avant, sauf que maintenant, chaque midi, je mange devant mes deux épisodes quotidiens. N'ayons pas peur des mots : Scrubs a changé ma vie.

(et m'a fait grossir, aussi...)


C'est qu'à vrai dire je me suis étonné moi-même à partir de la saison 2 à analyser la série comme je l'aurais fait d'une série sérieuse, signe de sa remarquable qualité. On pourrait évidemment résumer Scrubs à ses délires, à son hyper-créativité (notamment visuelle), à l'énergie de ses acteurs et à ses gags parfois à pleurer (de rire, hein). On pourrait dire que cette série narrant les mésaventures de trois jeunes internes et de leur entourage plus ou moins frappadingue (ce rebelle de Dr Cox, Carla la chef des infirmières, le démoniaque directeur de l'hôpital... et ex chanteur de rockabilly, sans oublier l'impayable concierge !), que c'est probablement ce qui se fait de plus drôle et de plus transgressif à l'heure actuelle en matière de série, que sous des dehors de sitcom pour ados c'est finalement bien moins consensuel que House et ses séquences émotions rivalisant de guimauve avec Grey's Anatomy... on pourrait parler de ses guests réjouissantes (la plupart des acteurs de Spin City - l'autre série de Bill Lawrence - s'y bousculent avec presqu'autant de plaisir qu'un Brendan Fraser, un Colin Farrell ou une Heather Graham), de son art du concept (hop : un épisode qui fini au milieu et recommence à zéro, hop : un épisode comédie musicale, hop : un épisode enregistré en public, hop : un épisode spécial Magicien d'Oz...)... on pourrait dire tout ça mais ce serait encore se montrer réducteur : la vraie grande qualité de Scrubs... c'est son écriture. C'est ce qui la rend supérieure à quasiment toutes les autres séries "comiques" contemporaines (à commencer par 30 Rock et How I Met Your Mother). On est face à quelque chose de bien plus écrit et de bien plus fouillé que ces banales successions de sketches dont raffolent les américains, pourvu (la plupart du temps) sous ses dehors naïfs d'une véritable progression narrative, de caractères forts et attachants, et d'un style comics parfaitement reconnaissable (et qui a depuis fait école, il suffit de regarder Chuck pour s'en convaincre). Témoins de cela, les personnages, qui évoluent énormément au fil du temps là où même dans l'archi-culte Friends les héros sont à peu près égaux à eux-même de la première à la dernière saison. Vous avez déjà été frappés, vous, par l'évolution de Joey ou de Phœbe ? Dans Scrubs, tout le monde change, se transforme (socialement comme psychologiquement), c'est même la base de la série : un côté initiatique (ou d'apprentissage), une réflexion aussi drôle que touchante sur le passage à l'âge adulte, dans laquelle le rire n'est jamais exempt d'une certaine mélancolie. Cela peut sembler n'importe quoi de prime abord, ça l'est d'ailleurs parfois ; ça n'est cependant ni vain ni décousu, rarement prévisible et absolument jamais plat. Les héros de Scrubs finalement ne font qu'essayer (et réussir) à rendre drôle une vie - celle de médecin dans un hôpital public américain - qui ne l'est pas souvent, entre patients agonisants, paie misérable et métier cannibalisant. S'en dégage une chaleur humaine étonnante dans une sitcom, qui jamais ne nuit pour autant à l'aspect résolument loufoque de l'affaire. Le fond et la forme, quoi. Ce qui devrait constituer la souche de toute bonne série... et manque souvent cruellement aux programmes à vocation comique.


👍👍👍 Scrubs (saisons 1-5)
créée par Bill Lawrence
NBC, 2001-06

13 commentaires:

  1. haaaaaaaaaaaaaaa
    t'es là ...
    je me demandais où tu étais

    Scrub me fait beaucoup rire-surtout quand je le regarde avec ma fille, son rire me fait rire. C'est important le rire de l'autre :

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  2. Commentaire tout à fait juste... rien de plus important que le rire de l'autre. D'ailleurs, quand je regarde quelque chose seul, même si c'est immensément drôle, je ne souris plus que je ris... alors qu'en société, je ris beaucoup plus spontanément...

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  3. J'ai vu (et a-do-ré) Scrubs bien avant de voir quelques épisodes de Dr House. Ben y a pas photo, même si House est un personnage éminemment sympatique, quand je vois quelques épisodes j'ai l'impression d'être devant le Goldorak de mon enfance, quand on savait très bien que malgré les difficultés, le héros gagne toujours à la fin (un peu comme dans le générique français de Starsky et Hutch, quoi...).
    Dans Scrubs, non, c'est beaucoup plus compliqué, plus subtil. J'avais souvent l'arc-en-ciel dans le coeur après un épisode de Scrubs, le petit pincement délicieux des papillons dans l'estomac aussi en me disant que dang! faudrait attendre une semaine avant d'en voir un autre mais que dans le fond cette attente était partie intégrante du plaisir de retrouver cette bande de loufedingues...
    ça m'avait pas fait çà depuis Six Feet Under...

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  4. Guic' the old6 avril 2009 à 09:28

    Bon, je suis tout a fait d'accord avec toi sur les qualités de cette série, même si la saison 8 que j'ai attaqué ce Week end me parait un ton en dessous car moins délirante...

    Et concernant les évolutions de personnages, en fait, tu touches là ce qui est à mon avis le plus gros point faible de Friends, parce que dedans, les personnages régressent carrément. Dans les 3 premières saisons ils s'avère qu'ils ont plus de profondeur que dans le reste de la série. L'exemple type c'est Joey, qui devient un type complètement neuneu alors qu'il était juste un peu plus con que les autres au départ. Idem Chandler qui perd son talent pour le sarcasme en se marriant...

    A la fin, c'est limite Phoebe le personnage le plus interessant en fait.

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  5. Vu 2-3 fois, bien rigolé, sans plus. Il aurait peut-être fallu s'accrocher.

    ce que j'ai fait avec Boston Justice, certes moins révolutionnaire et mal monté, mais avec des tonnes d'inventivités jouissives, quelques acteurs monstrueux, et surtout je me bidonne comme une baleine, tant par les situations (des scénarios assez rocambolesques il faut reconnaître) que des dialogues qui fusent et touchent souvent.

    Brefle : c'est bon d'avoir un rire quelques fois.

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  6. Je n'ai pas grand-chose à ajouter à vos remarques, très complémentaires :)

    Sur la saison 8, je crois savoir que ce n'est en fait qu'un bout de la 7 amputé pour cause de grèves des scénaristes (la série devait initialement s'arrêter à la 7, ils ont prolongé à titre exceptionnel parce qu'ils n'avaient pas atteint leur ratio d'épisodes). Je serais donc étonné qu'à terme, il y ait une grosse différence entre les deux.

    Je n'y suis pas encore arrivé ; mais au stade où j'en suis je reste surtout frappé par la constance de la série. On m'avait dit que ça baissait un peu une fois que les héros n'étaient plus internes (c'est à dire à partir de la saison 5)... franchement, je n'ai pas vu de grande différence. Il y a certes quelques épisodes moins bien, cela dit dans les premières aussi il y en aussi.

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  7. La 7 présentait de grands moments, enfin, entends par là des trucs "importants".
    La 8, c'est une saison entière qui vient parce que, bon, ils ont pas pu boucler l'histoire avec les 12 episodes de la 7, pourtant elle est bien quand meme.


    On verra bien, j'ai vu que les 4/5 premiers de la 8 pour l'instant. Mais dans ceux là il y a les épisodes les moins droles de la série entiere. Ils sont bons, certes, mais beaucoup trop sérieux (à chialer, presque)

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  8. Suis pas un maniaque de Scrubs, mais l'article est très bon et assez juste.

    > "A chialer dans quel sens ?"

    En diagonale évidemement! :)

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  9. Parce que vraiment triste et pathétique au sens premier...
    Sans aucun truc marrant pour contrebalancer, c'est là que ca m'a posé problème.

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  10. Je peux pas répondre, je suis trop occupé à être affligé par la vanne de Serious Moon

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  11. C'est incroyable comme cet article dit magnifiquement tout ce qui est génial dans cette série : bravo !

    Une série hilarante donc, avec des personnages vraiment attachants, une vraie progression en effet...

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