lundi 9 mars 2009

Kink Size Box

...
Les Kinks étaient-il le meilleur groupe des années soixante ?

La question - vieille comme le rock ou presque - revient hanter les salons (et blogs) à l'occasion de la sortie de Picture Book, monumental coffret (en terme de taille) visant on l'imagine plus à couvrir les frais médicaux du malheureux Dave Davies qu'à combler des fans qui possèdent tout ça depuis des lustres. Hanter... le mot est juste, vraiment, tant cette interrogation a quelque chose de profondément irrationnel, dans le fond. Quelque chose comme la culpabilité de rock-critics ayant délibérément ou non négligé le groupe des (demi) frères Davies durant nombre de décennies pour une raison tragiquement compréhensible : ils étaient encore en activité et en plus, ils étaient devenus très mauvais. D'où une redécouverte tardive y compris au sein de la presse (souvenons-nous qu'il y a quinze ans il était encore rare que l'on lise l'adjectif kinksien ailleurs que dans une interview de Damon Albarn), tandis que les légendes des Beatles, Who et autres Stones étaient pérennes depuis fort longtemps.

Culpabilité d'avoir considéré durant trop d'années les Kinks comme la quatrième roue du tricycle... et culpabilité inconsciente, aussi, vis à vis du monumental succès des Beatles, de la question (absurde) plutôt Beatles ou plutôt Stones ?... culpabilité vis à vis de toutes ces choses qui ont bâti la légende du rock'n'roll et l'imaginaire collectif au point qu'aujour'd'hui, un gamin de quatorze ans se mettant au rock n'a jamais entendu le nom de Ray Davies quand il situe tout de même à peu près Lennon ou Jagger. Et si on s'était trompé de plus grand groupe de tous les temps ? semblent dire les articles florissant depuis deux mois sur le sujet, comme si tout ce joli monde semblait subitement se rappeler que Face to Face et Something Else by the Kinks étaient des disques monumentaux éclatant sans trop se forcer un (au pif) Between the Buttons.

La question mérite d'être posée en effet... puis d'être balayée le plus vite possible, tant son ineptie saute aux oreilles : les Kinks, fabuleux, incontournables, n'ont en rien révolutionné l'histoire de la musique (contrairement aux trois autres). Ils s'en contrefichaient d'ailleurs éperdument, trop occupés qu'ils étaient à tenter d'écrire leurs pop-songs parfaites et autre singles killers. Ce qui est certain en revanche, c'est qu'aucun autre groupe, ni dans les sixties ni plus tard, n'a jamais enregistré en si peu de temps autant de chefs-d'oeuvre consécutifs... pour finalement n'essuyer qu'une piètre postérité, si l'on considère qu'aujourd'hui encore il est des gens pour trouver The Kinks (1964) mauvais ou asséner, sûrs de leur fait : Ouais, les Kinks, surtout un grand groupe à singles. On s'étouffe. Parce que s'il est effectivement souvent difficile de recommander un seul album des Kinks, ce n'est pas du tout parce que c'était un groupe à singles ! C'est surtout parce que tout ce qu'ils ont fait entre 1964 et 1969 (sept albums tout de même) est indispensable, que les trois premiers opus des seventies sont loin d'être déshonorants (Lola V.S. Powerman & The Money-Go-Round est même tout à fait excellent) et que si la suite décline sévèrement, elle recèle malgré tout quelques jolies choses exhaustivement compilées ici.

C'est d'ailleurs le reproche évident qu'on peut faire à Picture Book : les deux derniers cds (et même pour être exact le deux derniers cds et demi) désservent considérablement le reste, dans la mesure où si quelques titres peuvent encore être dégagés du lot ("State of Confusion", "Misfits") on ne trouvera rien de commun ici avec la perfection des débuts (ces "Tired of Waiting for You", "Waterloo Sunset", "Rosie Won't You Please Come Home" et autres "Death of a Clown", tous immortels), la période 1973-93 pouvant facilement être réduite à un seul cd. Inventeurs d'un style et d'un son uniques les Kinks, on le sait peu (ou plutôt on s'est arrangé pour l'oublier) ont en effet sombré par la suite dans un rock de stade qui ne marchait qu'aux Etats-Unis - comme chacun sait le pays du bon goût. C'est le paradoxe de ce drôle d'objet qui à la limite aurait gagné à être coupé en deux : il faut vraiment se fouetter pour réussir à écouter les deux derniers disques en entier (d'ailleurs personnellement j'avoue que je n'ai pas pu - j'ai sauté plein de morceaux) alors qu'on regrette en permanence que les quatre premiers soient plus ou moins réduits aux singles (quand on aurait voulu qu'il y en ait tellement plus).

Impossible donc de déterminer qui pourra bien acheter ceci... vous vous doutez bien que c'était surtout l'occasion de parler des Kinks, groupe qui marqua de manière déterminante tant de mes groupes favoris (Jam, Smiths, sans parler de la britpop) et dont l'influence reste tout à fait pregnante sur des groupes comme The Coral (ou The Kooks). Jeune qui passerait par-là (il y en a quelques uns), considère bien que sans Ray Davies, la plupart des groupes que tu aimes n'existeraient pas. A vrai dire en 2009, on croise plus souvent des groupes influencés par les Kinks que par les Beatles ou les Stones, ce qui n'a rien d'étonnant tant Davies et ses comparses ont su littéralement absorber la société de leur époque pour la recracher au sein d'une multitude de vignettes pop aux textes aussi incisifs que le riff d' "All Day & All of the Night" (ce n'est pas peu dire). Comble du bonheur : leurs albums n'ont pas pris une ride, même les plus vieux (on en dira pas autant des trois premiers Stones... par exemple). De fait rédiger une micro playlist a été pour moi un véritable calvaire - c'est vous dire si cette entreprise de coffret anthologie était perdue d'avance...



Découvrez la playlist KINKS de thomthom1293

👍👍👍 Picture Book (coffret 6 CD)
The Kinks | Universal, 2009


37 commentaires:

  1. Post très intéressant qui en partie explique mon manque d'intérêt pour ce groupe, en particulier en voyant la liste des "jeunes" groupes qui se réclament ouvertement ou non des Kinks. Ayant très peu d'attrait pour les Jam, les Smiths ou la Britpop...

    Tu me diras qu'on peut apprécier un groupe et pas sa filiation. En effet. Sauf que là... je garde les Who pour ma part ;-)

    Honteusement, je viens de découvrir que "Everybody' Gonna Be Happy" des QOTSA est en fait une reprise des Kinks. J'aurai pas perdu ma journée alors :P

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  2. Le problème c'est qu'effectivement, les Kinks post Lola ça ne vaut rien du tout alors qu'avant c'est tellement énorme qu'il faut TOUT. Alors l'intérêt de ce coffret comme tu le dis, je ne sais pas trop où il est...

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  3. Doc >>> ce n'est pas le morceau le plus connu ni le plus représentatif des Kinks... et il passe en effet assez facilement pour un morceau des QOTSA, alors que paradoxalement leur reprise relève presque du pastiche...

    KMS >>> c'est un bel objet, à part ça... mais effectivement, les gros coffrets de ce genre, qui se vendaient super bien il y a dix ans, sont devenus des trucs un peu obsolètes aujourd'hui (surtout quand - le cas échéant - il n'y a pas vraiment d'inédits et qu'on peut l'écouter sur deezer)

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  4. Le djeunz de 14 ans qui est allé au cinéma l'année dernière connaît forcément les Kinks, qui occupaient une grosse partie de la BO du "Darjeeling ltd" (avec le générique sur "this time tomorrow". Pis y avait aussi "A well respected man" dans Juno… C'était sans doute une coïncidence, mais ça m'avait frappé, ce retour des Kinks…

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  5. Tu es sûr que beaucoup de djeunz de 14 ans ont été voir ces films ? :-/

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  6. Tu fais bien d'évacuer le débat sur les Kinks, potentiel "plus grand groupe du monde"... Love le fut peut-être sur deux disques, les Kinks, ça me paraît moins évident... C'est comme les Who... Trop inégaux, puis se perdant dans le lourdingue à la deuxième moitié des seventies... Comme les Rolling Stones, les Kinks ont eu le tort de continuer. Contrairement aux Beatles, ils n'ont rien "révolutionné". Groupe appréciable pourtant. Mais les encenser contre les deux autres tient, je trouve, du snobisme. J'aime bien les Kinks donc, peut-être même encore plus leurs morceaux "garage" des débuts. Malgré tout, je me suis assez vite lassé de leurs albums les plus réputés. Je trouve ça bien, fin, sophistiqué, mais ça ne me bouleverse pas. Parfois, même sur Something Else ou Village Green Preservation Society, certains morceaux m'irritent un peu.
    Mais bien sûr Waterloo Sunset est une splendeur...

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  7. Tu fais bien d'évacuer le débat sur les Kinks, potentiel "plus grand groupe du monde"... Love le fut peut-être sur deux disques, les Kinks, ça me paraît moins évident... C'est comme les Who... Trop inégaux, puis se perdant dans le lourdingue à la deuxième moitié des seventies... Comme les Rolling Stones, les Kinks ont eu le tort de continuer. Contrairement aux Beatles, ils n'ont rien "révolutionné". Groupe appréciable pourtant. Mais les encenser contre les deux autres tient, je trouve, du snobisme. J'aime bien les Kinks donc, peut-être même encore plus leurs morceaux "garage" des débuts. Malgré tout, je me suis assez vite lassé de leurs albums les plus réputés. Je trouve ça bien, fin, sophistiqué, mais ça ne me bouleverse pas. Parfois, même sur Something Else ou Village Green Preservation Society, certains morceaux m'irritent un peu.
    Mais bien sûr Waterloo Sunset est une splendeur...

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  8. Non, mais ils ont sûrement vu la pub pour IBM l'an dernier et trouvé la musique géniale :)

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  9. Ska² >>> comme le disait fort justement Jack White, si les Beatles avaient vendu deux fois moins de disques, ils auraient l'aura des Kinks aujourd'hui, et inversement.

    Cissie >>> tu sais moi, les pubs... j'en vois pas plus de dix dans une année - je ne regarde pas du tout la télé. C'était quoi la chanson ?

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  10. Ah oui, c'est vrai, comme nous tous ici, tu ne regardes jamais la télé hein ;-) ?

    C'était "I'm not Like Everybody Else", tellement facile qu'on se demande pourquoi aucun autre publicitaire n'y avait pensé avant.

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  11. Ca ne me dit rien, évidemment :)

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  12. Je ne pourrais pas dire mieux que Ska en 2 phrases (inégaux, ont duré trop longtemps), rajoutant toutefois que les Stones après 73 n'ont pas commis les même "bouses" (c'est relatif aux Kinks) que les kinks, ce qui les as quand même tué.
    Eut-il fallu pour devenir mythiques qu'ils évoluent comme :
    - les Beatles ? (arrêt quasiment au sommet)
    - les doors, Nirvana ? (mort du leader)
    - les beach Boys ? (quasi-mort du leader)
    - Little Richard ? (mort du dealer (désolé, fallait que je la fasse))
    - Suicide ?(un album condensé tous les 12 ans)

    Bah, on s'en bat les couilles, il y a toujours un premier et un second, et s'ils avaient été premiers, les Beatles auraient été seconds.

    la seule choses sûre, c'est que les Stones auraient toujours été derrière ces deux là.

    Sinon, pour le coffret, si quelqu'un veut me l'offrir, je peux essayer de lui trouver une place chez moi.

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  13. il y a toujours un premier et un second, et s'ils avaient été premiers, les Beatles auraient été seconds.

    En même temps, les gens ont toujours préféré Poulidor à Anquetil...

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  14. M'ouais, sauf que Anquetil la machine, c'est davantage les Stones voire les Kinks qui ont toujours aimé vendre des albums encore et encore et faire les stades encore et encore, alors que les Beatles ne se sont pas accrochés à un job lucratif, préférant arrêter de pédaler plutôt que de le faire sans plaisir.

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  15. Je ne suis pas vraiment d'accord sur le fait que les Kinks soient inégaux... certainement pas dans les années 60. Ce coffret (qui en fait regroupe à peu de choses près toutes les chansons de cette époque) en est la preuve. Quant à leurs albums des années 80... ils sont piteux, mais je ne saurais dire s'ils sont plus ou moins piteux que ceux des Stones ou des Beach Boys durant la même décennie. State of Confusion n'a rien de plus ou moins ridicule qu'Undercover ou Dirty Work, il me semble...

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  16. Pas inégaux dans les années 60 mais sur leur carrière, voila dire ce que je voulais.
    dirty Work oui (ou Steel Wheeels, aaaargh !!!! sortez moi de là !), Undercover pas complètement.

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  17. J'adore le "la période 1973-93 pouvant facilement être réduite à un seul cd". C'est tellement vrai ;-)
    Pour répondre à ton "Impossible donc de déterminer qui pourra bien acheter ceci" --> on va l'acheter pour la bibliothèque, mais comme tu t'en doutes j'ai déjà eu l'occasion de l'écouter !
    100 % d'accord avec toi sur l'injustice Stones / Kinks. La bande à Ray Davis aurait mérité bien mieux ... As-tu déjà remarqué qu'un refrain de Souchon était quasi-intégralement pompé sur une chanson des Kinks. A toi de me dire lesquelles ;-)

    Dans le style kinksien, connais-tu les Buckinghams (peut-être une pâle copie, mais diablement efficace, du moins pour moi) et leurs deux génialissimmes albums de 1967 :
    *Time & charges
    et ...
    (My name is ... ?)

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  18. ...
    *Kind of a drag
    (What's my name ?)

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  19. L'album de 1968 :
    *Portraits

    n'est pas mal du tout également !
    (Ich heisse ...)

    Je les ai réécoutés une bonne dizaine de fois depuis la publication de ton article !
    @++

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  20. What's my fucking name ?

    SUUUUUPER THIERRRRRRRRRRRRYYYYYY !!!

    :-D

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  21. Ah au fait, Thierry : à la question bonus, ce serait pas plutôt un refrain de Voulzy, qui serait calqué sur "Waterloo Sunset" ? Par contre je ne sais plus le titre de Voulzy (c'est sur l'album Avril).

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  22. il y a définitivement une chanson de souchon dont les initiales seraient B. S. (facile ;-))

    et il y a un petit qqch dans I. S. de Voulzy ...

    courage, camarade !

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  23. Banale Song? C'est "kinksien"?? "^^" comme disent les jeunes.

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  24. Langue au chat pour ma part...

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  25. Ecoute "Waterloo Sunset" (sec. 36-37), ça devrait t'évoquer le "Banale Song" (ou plus tôt le contraire) de Souchon. Bien vu, Guic' ^^, même si je ne suis plus si jeune non plus.
    Pour Voulzy, je parlais d'Ideal simplifié.

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  26. De toute façon Voulzy je crois qu'il n'écoute rien à part les Beatles, les Kinks et Melody Nelson :-)

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  27. dommage, à quelques flagrants quasi-plagiats, ça ne s'entend pas ;-(

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  28. Je ne suis pas tout à fait d'accord... bon, je ne connais pas tous ces albums par coeur, mais quand j'écoute certains (notamment l'Avril susnommé) j'ai quand même le sentiment que Voulzy essaie de faire de la pop 60's... à sa sauche :-)

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  29. J'ai trouvé au contraire que c'était pile la bonne taille pour ne pas laisser l'attention du lecteur se diluer...

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  30. Merde, je me suis gouré de fil !

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  31. et julie Pietry qui a repris "I go to sleep"
    et serge Lama qui a repris "apeman" ...

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  32. Et ainsi découvrîmes-nous que les Kinks, sous leurs dehors classes, étaient finalement responsables de pires horreurs de l'histoire de la musique.

    BBB.

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  33. Et par pudeur, taisons les contributions de Ray Davies aux premiers albums de Frédéric François...

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  34. Quelle belle époque !

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