samedi 28 février 2009

Alela Diane - Folk for Light ?

...
Question à mille euros : qu'y-a-t-il de plus éprouvant qu'un folkeux fan de Jeff Buckley chantant son amour perdu sur des accords mineurs ?

Bingo : une folkeuse fan d'Emmylou Harris chantant ses tourments post-ados sur des accords mineurs, le tout noyé dans une demi-douzaine de violons rassis. Ces bêtes-là - et plus généralement les folkeus(es) romantiques dans leur ensemble - se reproduisent plus vite encore que les fourmis (si si : les fourmis se reproduisent très vite - je vous assure), elles ont toutes le même genre de compos, la même voix, racontent toutes la même chose... autant le dire c'est plus que difficile de s'y retrouver, et d'ailleurs pour être tout à fait honnête la grande majorité du temps on ne s'y retrouve absolument pas - en blind-test on les confondrait toutes (et si je dis toutes... ce n'est évidemment pas par misogynie - on pourrait dire exactement la même chose des garçons - mais parce que l'artiste qui nous intéresse aujourd'hui est bien une fille... enfin je crois). Et si certaines se retrouvent subitement sanctifiées, l'extrême franchise caractéristique du Golb nous oblige à l'écrire ici en toutes lettres : franchement, qu'a Aimee Mann de plus qu'Emily Jane White et cette dernière de plus que Jollie Holland ?


Au milieu de tout ça le second album d'Alela Diane avait fait grand bruit. Ce Pirate's Gospel que personne n'attendait en avait surpris la plupart - il faut dire que si les folkeuses citant PJ Harvey sont nombreuses (ce qui est d'ailleurs suspect vu que ladite PJ Harvey n'a pas grand-chose de folk) rares sont celles qui parviennent réellement à convoquer son fantôme entre deux plages... ce qu'Alela Diane faisait très bien alors (trop bien même, peut-être...), tout au long d'un album rugueux, intense et volontiers rageur - certains tels Civil Titi ou moi-même ont peiné à s'en remettre. Un rappel nécessaire pour situer le personnage... pas vraiment son nouvel album. Car c'est peu dire que Diane a décidé de passer à autre chose : par bien des aspects, To Be Still est l'inverse absolu de son glorieux prédécesseur, évoluant désormais dans un registre country nettement plus balisé et moins austère que la folk nerveuse et insolante de The Pirate's Gospel. La production s'en ressent : plus touffue, plus lisse aussi (hélas) dans la prise de son... dès la première écoute on sait déjà à quoi s'en tenir : le miracle n'aura pas lieu. Ce sera peut-être un très bon disque... mais même après trente écoutes il ne se révélera pas à la hauteur de son prédécesseur.

Une trentaine d'écoutes plus tard (donc) la première impression s'est un peu diluée sans jamais disparaitre complètement ; des chansons se sont dégagées du lot ("The Ocean", "Age Old Blue"). On s'est habitué à cette production plus dense, à cette voix (par ailleurs sublime) bien plus en avant, et on a appris à connaitre et aimer To Be Still pour ce qu'il est : un joli album de country-folk à l'ancienne, habité et (plutôt) au-dessus de la moyenne de ce qui se produit dans le genre. Il n'empêche que par instant le doute demeure, certains titres (dont l'éponyme) manquant malgré tout cruellement de piquant - de ce souffre qui hantait le moindre microsillon de The Pirate's Gospel. On se retrouve du coup partagé entre l'envie de défendre une artiste particulièrement touchante et celle d'être lucide quand à l'aspect inégal d'un disque dont on était en droit d'attendre bien plus. Et l'on finit par dresser le constat qui s'impose : Alela Diane, avec sa présence, sa voix aérienne, est une grande artiste. Qui vient avec To Be Still de publier une œuvre charmante, parfois même lumineuse ("Every Path") - mais toujours mineure.


To Be Still 
Alela Diane | Fargo, 2009

15 commentaires:

  1. Introduction sévère, mais assez juste...
    Concernant To Be Still, il faut que je l'écoute bien plus que je ne l'ai fait jusqu'à présent avant de pondre un article. Mais c'est vrai que la production rend le disque moins frappant que ne pouvait l'etre the Pirate's Gospel. Autre chose, ce To Be Still souffre du meme défaut que le In Rainbows, on connait déjà la moitié des titres (sortis sur un EP et joués en concerts). Du coup il y a une petite déception et un décalage entre des titres qu'on connait bien, et d'autres pas du tout (et qui m'ont semblé moins bons, mais c'est justement peut etre parce que je ne les connais pas..). Bref meme conclusion que toi, un disque qui ne sera pas l'égal de son prédecesseur. Mais qui par comparaison enfonce encore un peu plus ce pauvre Silence of Love, et qui a dissipé les craintes que j'avais eu en écoutant ce dernier...
    Alela Diane reste bien en tete de file des folkeuses en peau de bete...

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  2. Une critique qui me semble assez juste même si je suis loin de l'avoir écouté autant que toi...

    Déjà, live, la demoiselle ne m'avait pas totalement convaincu ( à la flèche d'or à l'époque ) et son premier album, bien que bon , m'était apparu moins convaincant que ceux de Marissa Nadler, Orion Rigel Dommisse, Josephine Foster...

    Du folk agréable et joli, mais, pour moi, un peu léger !

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  3. Pas vraiment d'accord. Je trouve que cet album n'est pas terrible du tout, la production, c'est évident, mais même les chansons, une bonne moitié est assez faible. "LISSE", le mot est juste, Alela Diane a l'air de s'être appliquée à couper tout ce qui dépassait, et tombe justement, à mon avis, dans le schéma que vous décrivez, au début de l'article : sur au moins la moitié du disque, on pourrait "l'interchanger" avec une autre, personne ne verrait la différence. N'était-ce "Pirate Gospel", je me demanderais avec étonnement ce que la presse peut lui trouver.

    BBB.

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  4. N'était-ce "Pirate Gospel", je me demanderais avec étonnement ce que la presse peut lui trouver.

    Voyons BBB, cette phrase n'a aucun sens... Ce serait comme dire N'était-ce ce "Funeral", je me demande ce que la presse peut trouver à Arcade Fire.
    Remarque il y en a qui le disent!

    Ca m'intéresserait de savoir quels titres vous avez aimé, si c'est plutot les anciens ou les inédits...

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  5. Je dis juste que les premières chroniques de cet album relèvent de l'hallucination collective, et que quelqu'un l'achetant sans connaitre, du tout, l'artiste, aurait de quoi s'étonner. Je ne vois pas en quoi cela n'aurait aucun sens. Et, pour ne rien vous cacher, je trouve Arcade Fire sans intérêt, le genre que je ne supportais déjà pas en 1982, je m'imagine mal me mettre à aimer à mon âge (vous m'avez cherché, n'est-ce pas ?)

    BBB.

    ;-)

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  6. moi qui écoute peu de femmes chantant et chantantes (Lisa Germano, Beth Gibbons et même Alela Diane) je vous conseille vivement Scary Mansion.
    Comme ça, vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous avez pas prévenu...

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  7. Ah oui, je me suis trompé d'époque. J'aurai du prendre comme exemple:
    N'était-ce l'album "the Doors", je me demanderais avec étonnement ce que la presse peut trouver à ce groupe et ce lézard.

    J'ai bon là? ;)

    Je n'ai pas lu de chroniques sur l'album. Mais ayant vu les acclamations béates devant le Silence of Love, je vous comprend tout à fait....

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  8. Lyle >>> oui d'ailleurs Marissa Nadler... je trouve que son dernier est décevant, lui aussi (peut-être je deviens un vieux ronchon........)

    Xavier & BiBiBi >>> courage, je suis sûr que vous allez finir par trouver un artiste dont le premier album est génial et tous les autres à chier... ;-)

    Lyle >>> je ne connais que Scary Manson... le surnom de Jane...

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  9. Et bien, oui : U2 !

    BBB.

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  10. Dire du bien U2 ? Vilain subversif, va :-)

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  11. Tu me confonds avec yosemite maintenant... :)

    Le Marissa Nadler, j'attend qu'il sorte pour l'écouter, mais joués en live seulement par elle, les morceaux étaient fort bons...

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  12. Merde, démasqué ! Je vais effectivement des copier / coller des pseudos par flemme de me retaper le code html à chaque fois ! Désolé ^^

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  13. Civil titi va finir par t'en coller une si tu continue à l'appeler comme ça.
    Il y a quand même, pour que ton article soit vraiment honnête, une phrase qu'il eut été bon de mettre en gras : "un très bel album de country-folk à l'ancienne, habité et bien au-dessus de la moyenne de ce qui se produit dans le genre."
    C'est globalement le ton de ma chronique sur Culturo, même si elle tient plus de l'équilibrisme que d'autre chose

    Hasta Luego

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