lundi 10 novembre 2008

Ian Hunter - Somebody Someone

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Une des lois du genre rock'n'roll est celle de la réhabilitation à tout crin, dont la règle est simple : vous prenez un artiste génial et archi connu, un autre génial et archi méconnu, vous mélangez, vous pesez le tout... et normalement vous obtenez une phrase du genre : Dennis Wilson était quand même carrément meilleur que son frère. Evidemment vous pourriez réhabiliter Dennis Wilson sans pour autant chercher à dévaluer Brian, mais honnêtement ce serait moins drôle - ce serait même un brin gênant puisque cela sous-entendrait que vous reconnaissez des qualités à cet intérprête archi mega over surestimé. Or en matière de rock, c'est bien connu, rien n'est jamais plus beau que l'insuccès, la marginalité... et un mot : l'underground - variante musciale et proto-snob du mythe du Gentil Pauvre qu'allumait Dorothy Allison dans son sulfureux essai « Skin ». Il est inconnu, il est mort sans gagner un dollar grâce à sa musique... il est donc infiniment plus génial que ce connard avec sa petite cuiller en or dans la bouche, soutenu par cet imbécile de grand public et cette presse au mieux complaisante - au pire vendue.

C'est sans doute parce qu'au milieu des années soixante-dix Mott The Hoople était le groupe le plus populaire d'Angleterre qu'il n'a jamais été dignement réhabilité (en fait on a surtout réhabilité All the Young Dudes... sans doute son disque le moins intéressant de toute la période Hunter), et c'est sans doute aussi (paradoxalement) pour cette raison que les albums d'Ian Hunter dans les années deux mille (notamment Shrunken Heads l'an passé) ont eu si bonne presse. Reste que ses premiers opus solo, en revanche, demeurent toujours aussi obscurs pour nombre de rockeux éclairés... ce qu'on ne pourra que déplorer tant dans le genre (bâtard et inégal) soul-pop on n'a rarement vu mieux. Pas de quoi changer la face du monde certes, et l'on conseillera avant tout au néophyte de se jeter prioritairement sur les deux chefs-d'œuvre de son ex-groupe (Mott en 1973 et The Hoople l'année suivante...). Mais en cette période de fin d'année où les rééditions pullulent on aurait tort cependant de ne pas signaler celle d'All-American Alien Boy, second album qui ne manqua pas en son temps de dérouter un public orphelin du rock'n'roll musclé des Mott... et auquel il proposa une musique évoquant plus volontiers (quoique sans lui arriver à la cheville) le crooning funky du Young Americans du cousin Bowie.

L'inaugural « Letter from Brittania to Union Jack » a beau préfigurer plus volontiers le Springsteen des eighties que les Sex Pistols, All-American Alien Boy se laisse écouter sans déplaisir et réserve même quelques pépites méconnues. On pense bien sûr à la très jolie ballade « Irene Wilde », qui évoque le meilleur Elton John (oui, il existe : c'est celui des deux premiers albums). Au très philly soul « You Really Did In Me », même pas gâché par les chœurs de Freddie Mercury. Ainsi que, d'une manière plus générale, à des compositions souvent transcendées par la voix exceptionnelle d'un Hunter qui n'a jamais aussi bien chanté que sur ses quatre premiers opus solo. En témoigne « God », qui n'a franchement pas à rougir de la comparaison avec un Dylan (influence essentielle du Mott The Hoople des débuts) qu'il singe avec une évidente jubilation.

Le vrai problème d'All-American Alien Boy, c'est évidemment moins son répertoire (qui éclate sans mal celui du Mott sorti à la même époque - grotesque Shouting & Pointing... qui sera d'ailleurs le dernier) que sa production comment dire... ? Légèrement datée. Annonçant les excès de synthés des années quatre-vingt sur le difficilement supportable (mais bien nommé) « Apathy 83 », All-American Alien Boy est ici ou là involontairement visionaire... notamment, avec l'étonnante (et très efficace) « Restless Youth » du... glam-metal. Pas de quoi crier haro sur le baudet (Hunter est bien trop fêlé vocalement comme psychologiquement pour qu'on soit jamais tenté de le confondre avec Vince Neil), d'autant que les Guns'N'Roses n'étaient pas des crêpes. Mais tout de même, à la première écoute... on sursaute.

Qu'en retenir alors ? All-American Alien Boy n'est sans doute pas ce qu'Ian Hunter a fait de mieux. Mais il a quelque chose de sympathique, ne fût-ce que dans sa démarche : des débuts plutôt folk de Mott The Hoople jusqu'à son départ du groupe en passant par le triomphe à l'ère glam... Hunter n'en a jamais fait qu'à sa tête, et sa volonté de faire la musique qu'il aime plutôt que celle qu'on attend de lui ne peut que rendre ses deux premiers disques attachants. Le flop de celui-ci n'était sans doute pas plus mérité que le relatif anonymat entourant le chanteur aujourd'hui, et cette première (ré)réédition d'un album imparfait rectifie partiellement cette erreur de l'histoire. Détail qui ne gâte rien : à l'instar de la réédition du trentième anniversaire, celle-ci propose des bonus de très bonne facture qui loin d'affaiblir l'album originel ont plutôt tendance à le réhausser (notamment l'excellente « Weary Angels »).

Reste qu'on attend avec d'autant plus d'impatience les rééditions (annoncées mais non confirmées) des deux opus suivants, qui montrent un Hunter renouant avec le rock'n'roll : Overnight Angels (avec le démentiel Earl Slick à la guitare) et You're Never Alone With A Schizophrenic, probablement son meilleur, avec en guise de cover-band rien moins que Mick Ronson, John Cale, George Young et une bonne part du E-Street Band !


👍 All-American Alien Boy 
Ian Hunter | Columbia, 1976

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