dimanche 11 novembre 2007

Billy Corgan (part 2)

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Revenir à la première partie


👍👍 MACHINA II : The Friends & Enemies of Modern Music (The SMASHING PUMPKINS, 2000)

Longtemps avant Radiohead, les Smashing Pumpkins avaient déjà eu l’idée de mettre un album en libre téléchargement sur le net – et qui plus est gratuitement. Conscients du potentiel énorme de la toile depuis de nombreuses années, longtemps propriétaires d'un des plus remarquables sites d'artistes qui soient, ils n'ont sans doute pas eu à réfléchir très avant pour décider d'une marche à suivre lorsqu'à l’annonce du split Virgin a tout simplement refusé de sortir le dernier album du groupe (initialement prévu pour paraître un an après MACHINA), préférant capitaliser sur un best of et déclenchant la fureur de l’omnipotent Corgan. Ni une ni deux : il balance MACHINA II sur une dizaine de sites de fans… mais a la mauvaise idée de le fragmenter en quatre CD-R (et combien de pistes !) dispatchés un peu partout, là où tout le monde eût été très content qu’il se contente de le compresser pour e-mule. Résultat des courses : nombreux sont les fans qui, sept ans plus tard, ne sont toujours pas parvenus à l’entendre dans son intégralité.

Long, un peu hétéroclite (mais pas plus qu’un… Amnesiac !) par moment, MACHINA II évoque moins MACHINA qu’une espèce de best of imaginaire, un greatest hits sans les hits – pour reprendre l’expression consacrée par Dylan. Pas tout à fait une compile (le son est compact, la densité réelle), mais pas vraiment non plus un album totalement cohérent. Qu’importe, du reste : le répertoire est de haute volée, certains titres du pavé (« Slow Dawn ») comptant parmi les toutes meilleures chansons des Smashing Pumpkins.

Vaste panorama de tous les styles abordés durant douze ans (avec, tout de même, une nette prédominance pour la dernière période), il saute sans vergogne du rock abrasif (« Car Crash Star ») à des atmosphères plus sophistiquées (« Saturnine »), des ballades atmosphériques (« Real Love ») aux mélodies les plus cristallines : Billy Corgan n’a sans doute jamais été aussi poignant que sur la sublime « If There Is a God » (à part peut-être sur « Stumbleine »). Quelques trucs sont un peu indigestes, à l’image de cette reprise thrash de James Brown ou du poussif « Speed Kills », mais, chose rare, les chansons réussies le sont tellement qu’elles finissent par complètement éclipser les ratages.

En somme un disque plus que recommandable (quoiqu’il y ait des chances qu’un non-fan se demande ce que c’est que cette tambouille), encore trop difficile à se procurer de nos jours. Mais figurez-vous que, hasard ou coïncidence, d’aucuns parlent d’une sortie cd l’an prochain…


👍👍 Mary Star of the Sea (ZWAN, 2003)

Beaucoup furent étonnés de revoir Corgan dans un groupe plutôt qu'en solo, d'autant que lui-même avait affirmé en 2000 que les Pumpkins resteraient éternellement le groupe de sa vie. Pourtant le voilà à trente-cinq ans révolus qui fonde un nouveau combo, et surtout... un vrai. Avec une bande de potes (dont l'indispensable Jimmy Chamberlin à la batterie) qui jouent et composent ensemble (enfin : en quantité raisonnable, c'est de Corgan qu'il s'agit !)... une saine émulation qui débouchera sur ce premier (et dernier) album de Zwan aussi frais et épuré que les deux MACHINA étaient sombres et (sur ?)produits. On peinera d'autant plus à expliquer pourquoi il a autant froissé les rares critiques qui l’ont entendu. Théoriquement, c’eut dû être l’un des évènements de l’année – ne fût-ce que par égard pour la carrière des deux gaillards. A plus forte raison parce que c'est ce qui (à l'époque) se rapprochait le plus du fameux reviens au rock Billy scandé par la quasi intégralité des gens depuis 1998... Las : il semble que deux ans et demi de silence radio aient suffit à has-beener définitivement les auteurs de quelques uns des plus grands hymnes des 90’s. De quoi avoir quelques regrets, d’autant que même ses fans ont boudé le grand come-back de Corgan.

Est-ce cette veine franchement pop et résolument 60’s qui a fait fuir tout le monde ? Difficile de l’affirmer, mais il est évident que Zwan est aussi similaire (la voix, le son) aux Smashing Pumpkins qu’il en est l’antithèse (ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un disque… oui : joyeux !). Jamais Corgan n’a semblé si proche de l’apaisement, voire même de la quiétude : « El Sol », « Declaration of Faith »… les titres parlent d’eux-mêmes ! Le rat en cage chante désormais l’amour, la paix et la foi, sans jamais se montrer lénifiant mais de manière suffisamment impromptue pour dérouter l’ensemble de la planète rock. L'unique tournée de Zwan sera d'ailleurs à cette image : un Corgan absolument radieux y jouant à fond les ballons rien que dans des petites salles, déconnant avec le public ou les musiciens... un vrai moment de plaisir, hélas gâché par des fans crétins qui lui feront payer cher son refus de rejouer "1979" ad vitam aeternam.

Du coup, Mary Star of the Sea sera sans doute condamné à être éternellement mésestimé ; les œuvres joyeuses, qu’il s’agisse de musique ou d’autre chose, ont toujours eu mauvaise presse. Qu’importe que « Lyric » ou « Come with Me » soient de grandes chansons pleines de vies comme on en entend pas souvent… les nostalgiques de « Disarm » leur préfèreront toujours « Of a Broken Heart » - seul morceau triste du lot.



👍 The Future Embrace (BILLY CORGAN, 2005)

Même délit, même punition : l’unique album solo de Billy Corgan était condamné au pilori avant même sa sortie pour cause de non-Smashinguitude. Il y avait même, quand on y repense, un côté kamikaze plutôt attachant dans cet entêtement à vouloir se renouveler alors que le flop du poppy Zwan avait déjà largement éprouvé les limites de la tolérance du public. Il est d'ailleurs assez saisissant d'étudier en profondeur les réactions suscitées par ces deux albums... au final extrêmement symptomatiques de tout ce qui peut amener un artiste jusqu'alors unanimement respecté pour son intégrité à reformer son ex groupe. Tous les mécanismes y sont : tentatives désespérées d'effacer le passé, extrême sévèrité d'une critique subitement beaucoup moins bienveillante (car refusant de comprendre que plaquer son groupe, c'est comme plaquer son conjoint après des années de vie commune : synonyme de retour à zéro), incompréhension de fans évidemment attachés de manière déraisonnable à un chapitre sensé être clos, ventes en chute libre, indifférence de plus en plus importante à l'égard de l'oeuvre alors même qu'un buzz gronde à l'idée d'une reformation qui n'a même pas encore germé dans l'esprit des principaux intéressés... en somme lorsqu'une maison disque débarque pour proposer un pont d'or, les musiciens en question sont généralement tellement conditionnés qu'ils n'ont plus qu'à signer - et aucun ne s'en prive car dans le fond aucun artiste n'éprouve de plaisir à susciter le mépris ou l'indifférence. Bref : jeté comme une vieille chaussette (tout comme le projet folk Djalil Zwan, qui n’aura même pas enregistré un single) suite à son échec cinglant (et franchement injuste), Zwan passe donc aux oubliettes pour laisser place à un opus solitaire franchement plus ambitieux – sans doute un peu trop.

Suite directe des déjà forts mal aimés MACHINA, The Future Embrace avait sur le papier assez peu de chances de décrocher la timbale. Le résultat, pourtant, surprit tout le monde – dans la mesure où le bide fut encore plus monumental que prévu. A dominante électronique et avec pour seul renfort deux compagnons de longue date (Jimmy Chamberlin à la batterie et Mike Garson sur quelques claviers), ce disque fait partie de ces petits objets adorables parce que totalement inachevés. A l’écoute de « Sorrow » ou d’ « I’m Ready », on a l’impression (fondée) d’une petite production artisanale (relativement mal) enregistrée par un bricoleur dans son salon, très loin des airs de Grand OEuvre des derniers Pumpkins. Le synthétique (et remarquable) « Mina Loy » évoque en somme un MACHINA moins pompeux, quand « To Love Somedy » ou « Walking Shades » rappellent à ceux qui l’auraient oublié que les groupes préférés de Billy sont New Order et Depeche Mode. C’est d’ailleurs la première fois depuis une bonne décennie que les influences sont aussi évidentes sur un de ses disques : Siouxsie & The Banshees (« Now (and Then) »), Nine Inch Nails (« A100 »), voire une espèce d’album que Cure aurait enregistré en secret avec Reznor à la prod (« DIA »). « All Things Change », nous dit-on en ouverture ? Oui et non : d’un côté on pense très très souvent aux deux MACHINA pour la sophistication sonique, de l’autre on ne peut que constater que l’écriture est plus aérée que jamais, POP au sens strict du mot. La définition la plus proche de la vérité serait de dire que The Future Embrace est un compromis parfait entre The Machines of God et Mary Star of the Sea… la puissance émotionnelle en moins et l’electro en plus.


👍👍 Zeitgeist (The SMASHING PUMPKINS, 2007)

Certains groupes partent en tournée à peine reformés, ramassent le pognon et disparaissent. D’autres, comme les Smashing Pumpkins, mettent un point d’honneur à offrir un nouveau matériel plutôt que de partir sillonner les scènes du monde entier en rejouant leurs tubes jusqu’à plus soif. L’intention est louable, mais plus le temps passe plus il semble évident que Zeitgeist a été un peu enregistré à la va vite. Rarement disque de reformation aura été si commenté, si analysé, si décortiqué… pour un résultat inversement proportionnel à celui escompté : le monde entier semble unanime pour désigner Zeitgeist comme un des flops de l’année. S’il est indéniable que c’est le moins bon album des Smashing Pumpkins (voire de Corgan tout court) depuis 1993, il est en revanche injuste de le considérer comme une redite : Zeitgeist n’est pas si proche que ça de ses glorieux prédecesseurs. Il reprend de nombreux éléments de MACHINA II (ce qui est somme toute logique, puisqu’il en est le succésseur direct), en apporte peu de nouveaux (dire le contraire serait mentir) mais en aucun cas ne se contente de réinventer le passé avec une technologie démente. Il s’agit plutôt de donner un instantané du Corgan 2007, sans autre ligne de directrice que le plaisir de refaire du rock qui dépote, sans concept foireux ni producteur de renom. Juste un mec décomplexé qui (re)joue la musique qu’il aime le plus au monde, pied au planché et mors aux dents – rarement Billy aura semblé si enragé et les Pumpkins si véhéments. Jimmy Chamberlin, seul rescapé du line-up originel, donne même l'impression de n'avoir jamais aussi bien magné ses fûts, faisant corps avec une basse enfin à la hauteur pour délivrer ses meilleures rythmiques à ce jour ("7 Shades of Black", "Doomsday Clock"). Pour la première fois depuis vingt ans les Smashing Pumpkins ont un groove digne de ce nom, et les morceaux les plus heavy (ici largement majoritaires) s'en ressentent. Peut-être en effet que le rock métallique de Siamese dream est de nouveau d'actualité... mais cette facette de leur musique n'a sans doute jamais été aussi aboutie. En somme en 2007 les Smashing Pumpkins sont devenus des espèces de dinosaures totalement intemporels, et c’est tant mieux. Sous réserve de ne pas totalement se diluer dans ce subite regain de popularité, la suite pourrait bien être (à nouveau) passionnante. Car « Tarantula », n’en déplaise aux aigris, est un des très grands morceaux de l’année. Du rock-metal qui en jette, avec cavalcade de rigueur et break de batterie et tout le tralala. Trois ou quatre titres, c’est vrai, sont assez indigents (quoique pas plus que la quasi intégralité du dernier Stooges). Mais les « Doomsday Clock » et autres « Bring the Lights » n’ont rien à envier aux classiques d’antan.



2/ COMPILES, LIVES & Co.

Etre fan de Billy Corgan est plutôt sympa, parce que ce type en lui-même est particulièrement sympa avec ses fans. Depuis les débuts des années 90, il s’est toujours refusé à pratiquer la rétention d’inédits, balançant deux, trois, quatre faces B sur chaque single… mettant toujours un point d’honneur à proposer des produits de qualité. Tout comme son idole Bowie, Corgan a toujours parfaitement assumé le fait de faire du fric tout en refusant de le faire n’importe comment – nous ne citerons pas les noms de tous ceux (innombrables) ne se donnant pas cette peine. Les rares fois où cette démarche aura été prise en défaut, c’est qu’on lui avait forcé la main : le greatest hits (médiocre) de 2001 ou le live (inconsistant) de 2002 en sont de bons exemples, pour lesquels aucun membre des Smashing Pumpkins n’a été consulté. Entreprises dynamitées par ledit Corgan qui, au même moment, récidivait le coup de MACHINA II en mettant l’intégralité de ses archives à disposition des internautes. Entendons-nous bien : n’importe quel artiste de son envergure aurait le moyen de faire la même chose. Il n’aura échappé à personne, cependant, qu’hormis (encore) Radiohead rares sont ceux à s’y prêter. En général plus les artistes vendent et plus ils sont avares d’inédits et de bonus (ne parlons même pas des cadeaux)…drôle de monde, tout de même…

👍👍👍 Pisces Iscariot (THE SMASHING PUMPKINS, 1994)

On dit souvent qu’on reconnaît les grands groupes à leurs faces B. Dont acte : celles des Smashing Pumpkins sont assez exceptionnelles ! C’est bien simple sur cette première compile (circa 1990/94), une bonne moitié des morceaux éclatent les deux premiers albums des citrouilles. « Soothe » compte parmi les plus belles chansons de Corgan et ses ouailles, « Blew Away », l’un des trop rares morceaux de James Iha, est une ballade beatlsienne parfaite, la reprise du « Landslide » de Fleetwood Mac envoie définitivement l’originale au placard (d'aucuns diront que ce n'était pas bien sorcier - certes)… mais une fois n’est pas coutume, ce sont les compos les plus dures qui remportent la palme. Guitares tourbillantes ou heavy-rock classieux, « Frail & Bedazzled » et « Plume » bénéficient d’un son autrement plus dense que celui de Butch Vig et enthousiasment dix fois plus que tous les « Rhinoceros » du monde. « Hello Kitty Kat » aurait constitué une face A de haute tenue, et « Blue » propose une relecture captivante de Black Sabbath à la sauce groovy.

Evidemment une face B reste une face B, à savoir un morceau initialement écarté d’un album ; par conséquent certaines sont un peu bassinantes (« Obscured ») ou juste quelconques (« Whir »)… qu’importe : en son temps, Pisces Iscariot suffit amplement à asseoir la crédibilité des Pumpkins en tant que groupe de premier ordre.



👎 Mashed Potatoes (THE SMASHING PUMPKINS, 1994)

Pendant coffret de Pisces Iscariot, Mashed Potatoes fut le premier grand cadeau de Billy Corgan à ses fans à une époque où internet n’existait que dans l’imagination de quelques uns : cinq CDs donnés gratuitement à une poignée d’élus pour qu’ils les copient autant que possible (somme toute la même idée que pour MACHINA II mais en version concrète). En toute franchise l’ensemble est assez quelconque, et s’il est disponible en libre accès depuis 2001 il aurait sans doute dû rester éternellement un collector à strict usage des fans. Les meilleurs titres du lot sont de loin les reprises (aveu de faiblesse s’il en est), notamment celles de « Venus in Furs » et de « Terrapin » ; les raretés sont quasiment toutes disponibles dans des versions supérieures sur d’autres compiles… ce qui demeure d'ailleurs tout à fait excusable, dans la mesure où un bon quatre-vingt-dix pourcents des titres de ce coffret date d'avant même la sortie du premier album. De toute façon l’objet, au demeurant sympathique, a perdu tout intérêt depuis que Corgan passe la moitié de ses journées à vider son grenier sur les sites de ses meilleus amis.



👍👍👍 The Aeroplane Flies High (THE SMASHING PUMPKINS, 1996)

Titanesque. Le coffret de singles des Smashing Pumpkins fait sans doute partie des rares entreprises de ce type à ne pas se foutre de la gueule de l’acheteur. Et pour cause : les singles de Mellon Collie sont tous de véritables maxis à l’ancienne gorgés d’inédits, et pas de la version alternative à deux balles, non monsieur non madame. De l’inédit inédit, de la chanson de grande classe, à commencer par le titre éponyme, longue montée en puissance absolument renversante. Mais aussi beaucoup de chansons de James Iha (lesquelles sont rarement mauvaises – comme vous le confirmeront les heureux possesseurs de son album solo) dont l’excellente « Believe »… et bien sûr des tas de morceaux ne manquant ni de puissance ni de classe : « Marquis in Spades », « Ugly », « Rotten Apples »… du Pumpkins de très haut niveau, presque toujours fabuleux (d’autant que les faces A en elles-mêmes – « Bullet with Butterfly Wings », « Tonight », « Zero », « 33 » & « 1979 » – sont évidemment excellentes)… mis à part quand James décide de reprendre « A Night Like This ». Une puissance comique insoupçonnée chez les très sérieuses citrouilles. Dommage que soit du comique involontaire…



👍 Stigmata – The Original Motion Picture Soundtrack (BILLY CORGAN, 1999)

Aux côtés de Bowie, Björk, Massive Attack ou Sinéad O’Connor, Billy Corgan participa en 1999 à la BO du (mauvais) film Stigmata… quoique d’une manière très personnelle, puisqu’il en composa le score. Méconnu y compris des plus fins connaisseurs ce disque, proposant tout de même douze morceaux du grand chauve (sur un total de dix-huit) dont un chanté par… Natalie Imbruglia !, est à peu près aussi zarbi que le film dont il s’inspire, quoique pas pour les mêmes raisons. A l’écouter, on a la curieuse impression d’avoir mis les pieds dans le laboratoire secret de Billy, qui pour sa toute première (et longtemps unique) expérience solo bricole une collection d’instrumentaux à dominante électronique faisant le lien entre Adore et MACHINA (voire dans une moindre mesure entre MACHINA et The Future Embrace).

Parfois extrêmement déroutant (l’indus le plus brutal y croise le symphonique ou l’ambient), l’objet s’écoute avec un réel plaisir – beaucoup plus en tout cas que la plupart des exercices du genre – et évoque parfois un autre score zarbi de film zarbi par un musicien zarbi… : Bodysong, d’un certain… Jonny Greenwood (amusant, n’est-ce pas, ces trajectoires en apparences antagonistes qui ne cessent de se croiser ?) Malgré quelques passages un peu ratés (quoique tout à fait raccords avec la mystique new-age déroulée par le film), Stigmata – le disque demeure une œuvre intéressante, ne fût-ce que parce qu’elle appartient à ces rares BO susceptibles d’exister sans leur support visuel.


👍 Rotten Apples & Judas O (THE SMASHING PUMPKINS, 2001)

Un an après s’être fait couper l’herbe sous le pied par les retorses citrouilles, Virgin obtient enfin gain de cause avec le best of souhaité pour capitaliser idéalement sur la separation du groupe star. Un best of, Rotten Apples ? Même pas : un vulgaire greatest hits (soit donc juste les singles les plus connus) ne retraçant que lointainement l’épopée des fracassantes Pumpkins. Certes, « 1979 », « Disarm » et les autres restent de grands moments. Mais aucune rétrospective du groupe ne comptant en son sein ni « Thru the Eyes of Ruby » ni « To Sheila » (toutes deux trop longues pour sortir en simple) ne pourrait satisfaire un amateur digne de ce nom. Objet purement mercantile, Rotten Apples ne fera même pas figure de bonne introduction au groupe (la dernière période est survolée ; les titres les plus ambitieux laissés sur le carreau), son seul intérêt résidant dans ses quatre raretés (fallait bien appâter le fan, devenu exigeant à force d’être gâté par le site off du groupe) : deux morceaux de MACHINA II (« Real Love » et « Untitled » - pas les meilleurs doncs), un inédit de 92 particulièrement réussi dans le genre power-ballade (« Drown »), et surtout « Eye », chef-d’œuvre electro-rock méconnu. Cet ancêtre de « Pug » pourrait justifier à lui seul l’achat du disque s’il ne figurait pas déjà sur la géniale BO du Lost Highway de Lynch, pour laquelle il avait été tout spécialement écrit et enregistré (et quitte à posséder « Eye », vous admettrez qu’on préfèrera tous investir dans l’un des meilleurs score publiés ces quinze dernières années).

Capitalisation quand tu nous tiens… Imaginant sans doute qu’une poignée de fans dépourvus d’ordinateur allaient se battre pour payer des morceaux disponibles gratos sur le net, Virgin a eu l’excellente idée de publier deux versions de la compile, la seconde contentant le quasi-album Judas O… qui à défaut de proposer du nouveau a le mérite d’élever très largement le niveau. Au programme un peu du MACHINA II (« Saturnine », « Lucky 13 », « Here's to the Atom Bomb »), des démos de la période Adore à tomber par terre (« Winterlong », , « My Mistake », « Sparrow »…) et pléthore de faces B du très culte (et donc très cher et très dur à trouver) Aeroplane Flies High : « Believe », « Marquis in Spades » (mais pas « Rotten Apples », ce qui est un peu con). Bref un très joli florilège de raretés, qui aurait à coup sûr plus mérité une édition simple que le greastest hits susmentionné. D’autant plus regrettable qu’on ne pourra s’empêcher de se demander ce que l’auditeur de passage fera de toutes ces pépites alors qu’il ne connaît même pas le répertoire « officiel ».


👎 Earphoria (THE SMASHING PUMPKINS, 2002)

Comment un si grand groupe peut-il avoir un live officiel aussi rate ? La question mérite d’être posée, d’autant qu’une demi douzaine de pirates géniaux témoignent de l’excellence des concerts citrouillesques. C’est bien simple : il suffit d’avoir un ex-label dont les dents courent après le bifteck d’un revival grunge qui n’a finalement jamais eu lieu – mais qui en 2002 semblait bien parti : quasi simultanément, Nickelback cartonnait, Audioslave publiait son premier album, Dave Grohl reprenaît les fûts chez les Queens Of The Stone Age, Nirvana publiait un best of et Pearl Jam et Mudhoney retrouvaient les spotlights. Virgin tenta donc de bouffer au râtelier mais les fans ne s’y trompèrent pas et boudèrent massivement ce qui n’est ni plus ni moins qu’une version CD de la VHS Vieuphoria… offerte aux fans clubs en 1994. Un objet là encore collector, au demeurant franchement médiocre tant il restitue mal l’œuvre d’un groupe alors encore débutant.

Globalement bourrines, les prestations sont inégales (contrairement à celle, unique et incendiaire, du pirate Halloween Party, issu de la même tournée) et gâchent souvent un répertoire qui tout de toute façon était franchement moins captivant à cette époque que ne serait-ce qu’un an après. Dépourvue de sa montée en puissance, « Mayonaise » n’y est qu’une ballade lambda, tandis que des inédits médiocres prennent les places (excusez du peu) de « Rocket » ou « Siva ». Tel est le péché capital d’Earphoria, qui non seulement compile la période la moins intéressante du groupe mais en plus la compile franchement mal.

A noter que ce post est loin d'être le dernier : dans un prochain Live, At Last, nous reviendrons en détail sur les meilleurs bootlegs du groupe, à savoir : Unplugged (1993), Halloween Party (1994), The World Is a Vampire (1996), Bercy et 17 Seconds of Live (1998), The Last But One Show (2001) et bien sûr le d’ores et déjà culte Grand Rex 2007 – tous facilement disponibles chez les bons disquaires indés (il paraît qu’il en reste quelques uns).

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