mardi 15 mai 2007

Jean Teulé - Suicide Pact : You First!!!

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Rions un peu en attendant la mort !

Voilà qui pourrait être un slogan efficace pour ce livre qui ne l’est pas moins. Court, simple, sans prétention, Le Magasin des Suicides est un livre drôle s’assumant comme tel, ce qui explique peut-être la tiédeur de critiques littéraires visiblement mal embouchés ?

Dans la famille Tuvache, on a fait du suicide son gagne pain, et on vit tout cela sans complexe. Après tout : il n’y a pas de sot métier – nous dit l’adage. Voilà qui sied plutôt bien à ce foyer somme toute ordinaire (et a priori plus normal et moins consensuel que celui d’une Famille Adams), dont les activités sur le marché du suicide sont particulièrement florissantes. Il faut dire qu’il y a vraiment de tout dans ce magasin : dans sa chanson « The Atrocity Exhibitions », Joy Division évoquait à mots couverts les mille et une manières d’en finir avec la vie ; Jean Teulé fait précisément la même chose ici, mais avec le sourire et sans jamais oublier la petite morale indispensable à l’appréciation de ce genre de petit conte macabre. Car bien entendu le commerce du Magasin des Suicides va prendre du plomb dans l’aile : voici que Bonheur et Joie de vivre se mêlent à l’histoire. Que va-t-il advenir des Tuvache ? Suspens, mais : chut. N’en disons pas trop : le livre est particulièrement court…

… ce qui d’ailleurs constitue son principal point faible : certes, les plus courtes sont les meilleures ; mais cent-cinquante-sept pages, voilà qui est bien peu pour tout à la fois créer un suspens, développer une histoire et révéler des personnages. De fait ce sont ces derniers qui pâtissent le plus de la forme courte. En dépit d’efforts sincères et d’un a priori fort positif,on a bien du mal à s’attacher à eux. Comme si en choisissant une forme aussi rapide l’auteur avait gagné en efficacité ce qu’il avait perdu en profondeur…

Difficile en revanche de résister à la cocasserie des situations et à des péripéties plus tordues et grotesques les unes que les autres ! Le parti pris était de faire rire, c’est gagné. Après deux romans dont on imagine qu’ils ont dû être particulièrement ardus à mener à terme (O Verlaine ! et Je, François Villon), Jean Teulé a rempli son pari de se détendre tout en nous amusant – ce n’était pas une mince à faire. Et s’il est indéniable que c’est des cinq romans que j’ai lus de lui le moins grandiose, cette fantaisie à mi chemin entre Six Feet Under (en moins torturé) et N’allez pas croire qu’ailleurs l’herbe soit plus verte… (en plus sage) ne manque ni d’humour ni de…vitalité ! Comme quoi…


👍 Le Magasin des suicides 
Jean Teulé | Julliard, 2007