lundi 2 février 2009

Philippe Djian - Très bon. Très sombre.

...
Le titre de son petit dernier a beau se prêter volontiers aux vannes foireuses, on évitera de souligner qu'on pardonne à Djian de nous avoir un peu déçus avec Doggy Bag pour se concentrer sur l'essentiel : un nouveau roman, un vrai (si l'on peut dire), digne successeur du fulgurant Impuretés d'il y a cinq ans. Moins parfait peut-être, plus raccord avec le Djian des années quatre-vingts - sans doute. Mais bon sang... quel livre, tout de même.

Comme dans tout bon Djian le pitch est simplissime, tellement simple en fait qu'on pourrait aisément avancer qu'Impardonnables ne parle de rien : un écrivain sur le retour (ça faisait longtemps) méditant dans sa Tour d'Ivoire, dont la fille - actrice - disparait et dont le petit univers jadis confortable se délite progressivement. Impardonnable car impardonné (son aînée et sa première épouse sont décédées accidentellement peu de temps après qu'il ait trompé cette dernière), égocentrique se complaisant dans sa douleur seulement armé d'une poignante ironie... Francis - c'est son nom - est un (anti)héros typique de l'auteur, qui rappelle celui d'Echine comme celui de Maudit Manège - les rides et l'angoisse du temps en plus. C'est dire si l'on baigne dans la noirceur la plus totale. Le héros façon Djian était déjà passablement désabusé à l'aube de la quarantaine... vous imaginez ce que ça donne arrivée la soixantaine !

Fil conducteur du livre, la douleur de Francis a quelque chose d'irréel la rendant d'autant plus lancinante. C'est que, tout de même : trois disparitions tragiques en si peu de temps... ça fait beaucoup pour un seul homme. Du mauvais roman. Jamais il n'aurait osé écrire un truc pareil, lui l'icône de toute une génération. Ce décalage permanent entre Francis et la vie de Francis constitue la véritable force d'Impardonnables, plus encore qu'une écriture comme toujours remarquable : le narrateur est si drôle, si apte à la dérision que la noirceur en devient supportable. Mieux encore : cette approche distanciée évite au livre de sombrer dans le n'importe quoi vers la moitié... ou plutôt non : le livre vogue effectivement vers le n'importe quoi (ou disons : le passablement tordu) mais le ton du narrateur donne l'impression que le n'importe quoi coule de source - ce qui est peut-être encore plus fort.

Bien sûr le procédé est à double-trachant, et il sera difficile du coup se laisser porter par la noirceur poétique (réelle) d'Impardonnables. Ce hic se retrouve dans nombre de romans de Djian, qu'à force de distance délibérée il désamorce lui-même sans s'en rendre compte. Difficile en effet d'imaginer qu'un type aussi durement frappé que Francis l'est dans la première partie puisse passer autant de temps à sourire. Qu'il conserve l'humour et s'y raccroche, c'est une chose. Qu'il sauve les apparences... pourquoi pas ? De là à naviguer en permanence dans ce registre... licence poétique ou non, ça reste un peu dur à avaler. C'est ce qui fait qu'Impuretés demeure probablement le meilleur livre de son auteur (du moins est-il supérieur à celui-ci) : pour une fois, Djian y parvenait à engloutir le texte sous une épaisse couche de mélancolie, lorgnant même parfois vers un malsain du plus bel aloi. Rien de cela ici : Impardonnables est juste un excellent roman noir à l'écriture revêche et à la simplicité renversante. Rien que de très normal au pays de Philippe Djian.


Impardonnables, de Philippe Djian (2009)

37 commentaires:

  1. Bon, je vais l'acheter, tu m'as convaincue, au contraire du sieur Moix...
    http://editionseho.typepad.fr/weblog/2009/01/impitoyable-impardonnable-impubliable-ou-lamentable-admirable-et-implacable.html

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  2. Waouh. J'avoue que d'ici, je trouve que le papier de Moix a un certain panache (même s'il est évident qu'il essaie de m'imiter :-)... merci pour le lien en tout cas, j'ignorais qu'on lisait des choses aussi savoureuses sur le blog des éditions ho (en fait j'ignorais même que ce blog existait :-)

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  3. "votre demande n'a pas pu être traitée"
    c'était pareil pour mon premier commentaire ici.
    Puis, effacement de l'antispam (ne s'affiche plus) !
    9è tentative.
    Je laisserai mes commentaires sur legolb d'over-blog parce que je ne vais pas tout (me) retaper :)
    Lou

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  4. Ah ? J'ai pas encore relevé de bug, ic :-)

    Pour le commentaire... pourquoi tu sélectionne pas "nom / url", plutôt qu'anonyme. Après les catchs... je vieux bien reconnaitre qu'ils abusent un peu avec les mots tordus en anglais ;-)

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  5. Votre demande n'a pas pu être traitée. Veuillez réessayer.
    DEUXIEME ESSAI
    et pourquoi tu sélectionneS pas ? ic :-)
    Je ne suis pas le premier à avoir relevé ICI les failles du module com.
    Autrement, Blogspot, c'est très bien, c'est là qu'on trouve le mieux des téléchargements illicites.
    Tu tapeS : [ah oui, y a plus la mise en page, le html, on peut pas tout avoir] "free download mp3 blogspot" et le paquet (cadeau) arrive.
    Très bien, Blogspot, surtout pour faire la même chose, en plus lol, que sur... ce qu'on veut, avec dotclear, au hasard.
    Et là, je copie CTRL+C parce que ça va buggger.

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  6. ça y est, j'ai compris, ça marche en désactivant l'antiphishing, hé, hé !
    Au moins on sait où on est.

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  7. Et puisque ça roule...

    "Après les catchs... je vieux bien reconnaitre qu'ils abusent un peu avec les mots tordus en anglais ;-)"

    Merci de l'hommage, c'est vrai que je ne catche pas un mot de british :)))

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  8. The pleasure was all mine.
    Lors de mes premiers essais de commentaire, je voulais simplement saluer un article saluant un auteur qui "ne parle de rien" [...] "vogue effectivement vers le n'importe quoi (ou disons : le passablement tordu) mais le ton du narrateur donne l'impression que le n'importe quoi coule de source - ce qui est peut-être encore plus fort" [... et on imagine] "ce que ça donne arrivée la soixantaine !"
    Avec le temps, il ne faut pas beaucoup d'imagination ;)
    [tu ne pourrais vraiment pas mettre un chouia de html ou des balises ?]

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  9. Tu te sentais visé ? :-D

    Pour le html, les balises tout ça... effectivement, je trouve aussi que ce serait mieux. Je ne sais pas si c'est possible sur blogspot et je n'ai pas trop le temps de m'y penser pour l'heure, mais je te promets de m'en occuper dans les semaines à venir (de toute façon le nouveau Golb n'est pas complètement fini)

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  10. je suis ravie de connaître ton avis (que j'attendais, bon, mon netvib n'était pas trop à jour).
    Oui un bon bouquin, je suis en train de le finir. Pour l'humour distancié, je ne sais pas... si cela me choque tant que ça en fait en terme de "réel"...
    bravo pour ce nouveau golb !

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  11. Je suis en train de le lire (mon premier Djian, champagne!:))) (enfin, je crois, je n'arrive pas à me rappeler si j'ai lu 37°2, on va dire que non) et je trouve ça pas mal, mieux que ce que je craignais en fait (ben oui, j'ai des préjugés, c'est mal). Mais je n'y vois pas des masses d'humour, je dois bien l'avouer. Une distanciation, certes, de l'ironie, mouais bof.

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  12. Oui... j'ai écrit drôle, mais je pensais plutôt "dérision" et "distanciation", à vrai dire.

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  13. Je sais pas, moi j'ai trouvé qu'il y avait des passages plutôt drôles, pas dans tant dans les situations que dans la perception que le personnage a de lui-même. Ce type manie l'humour pour ne pas sombrer totalement, on dira que c'est de l'humour noir, mais c'est peut-être, un remède parmi d'autres...
    Moi, j'ai vraiment bien aimé. Bon, j'ai loupé "Impuretés" je vais me rattrapper !

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  14. Allez zou : je te le laisse pour 10 euros avec "humour noir distancié teinté d'ironie romantique" :-)

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  15. Je l'ai fini. Mouais. Au risque de te faire de la peine, je ne comprends pas vraiment pourquoi tu es fan de Djian. Ne me frappe pas, va, j'irai lire tes anciens billets et tout s'éclairera. :)))

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  16. En fait c'est une bonne question :-)

    Il y a des auteurs comme ça (des artistes en général), qui nous accompagnent presque toute nos vie, et c'est vrai qu'on finit par ne plus trop savoir pourquoi. Djian, je le lis depuis si longtemps que c'est comme s'il avait toujours été là, et je ne les aime pas tous, loin de là (en fait il y en a beaucoup que je n'ai pas aimé... du coup je ne les ai jamais relus ni de fait critiqués), mais j'y suis attaché, plus comme à un vieux pote que comme à une "idole" ou "icône" :-)

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  17. Ah si c'est ça, je comprends parfaitement.
    Je le lis certainement trop tard. :))

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  18. Je ne sais pas, peut-être. C'est vrai que c'est un auteur que j'ai découvert très jeune (moi... enfin lui aussi par extension). D'ailleurs à la relecture certains livres m'ont parfois déçu.

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  19. hummm encore djian, ben j'ai toujours pas sauté le pas... faudra voir ;-)

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  20. Très bon livre, en effet.

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  21. C'était mon premier Djian, et là je suis vraiment déçue. Le style ne m'a pas émue une seconde et lui (le personnage) je l'ai trouvé suffisant au possible.

    J'essayerai un autre titre afin de ne pas rester sur une seule impression.

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  22. Suffisant au possible ? Je ne vois pas trop en quoi, mais je suis preneur d'une explication :)

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  23. et bien j'ai trouvé qu'il se lamentait sur des faits peu signifiants et qu'il en faisait des tonnes. En fait je n'ai pas été sensible au personnage.

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  24. Ce n'est pas faux... mais en même temps, il a tout de même perdu sa femme et sa fille, on peut comprendre que ça lui fasse un peu voir le monde en noir, non ? :-)

    (rien à voir mais : quand tu tapes ton commentaire, si tu choisis l'option NOM / URL, tu peux taper ton nom - et tu ne mets rien dans le champ URL - ce qui est plus chaleureux pour discuter qu' "Anonyme", non ? ;-)

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  25. J'ai compris c'est vrai je suis un peu néophyte en la matière mais c'est bon d'apprendre. Merci

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  26. Tu sais perdre sa femme et sa fille dans un roman ce n'est pas non pkus la fin du monde???

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  27. C'est comme le film Séraphine - magnifique certes- mais malheureusement car j'ai été peinée de ne rien ressentir mais j'ai pas aimé pas d'émotions. ça ne se calcule pas et pourtant dieu sait si souvent je me trouve hyper sensible mais là non plus rien ressenti de ce qui peut toucher à la fibre intuitive et prenante. C'est comme cela je ne me pose pas non plus de questons là dessus.

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  28. Perdre un enfant... c'est quand même un peu la fin du monde (légèrement). On peut comprendre que le narrateur soit un peu aigri, si. De même qu'on peut comprendre que ça ne te touche pas ^^

    Je n'ai pas vu Séraphine. Pour être honnête je n'en ai pas vraiment envie...

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  29. Ton billet m'intrigue...
    Je n'ai jamais été renversée par un roman de Djian... Toujours conseillés par des gens que j'aime, je les ai lus, volontiers, je les ai finis...mais je n'ai jamais pu ni comprendre ni participer à la liesse générale...
    Tout pareil avec le dernier...
    Je te suis absolument dans ce que tu évoques très bien et mieux que moi : "Bien sûr le procédé est à double-tranchant, et il sera difficile du coup de se laisser porter par la noirceur poétique (réelle) d'Impardonnables. Ce hic se retrouve dans nombre de romans de Djian, qu'à force de distance délibérée il désamorce lui-même sans s'en rendre compte."
    Il doit y avoir de ça dans ma surdité à sa "noirceur poétique réelle"... C'est un comble, c'est moi qui n'ai pas la stéréo quand il entend tout...
    Je vois qu'il tient la distance, ça c'est sûr, mais j'entends pas le diapason.
    ça m'énerve un peu quand même...

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  30. Tu me suis dans ce que je veux dire... c'est donc que quelque part, nous sommes d'accord sur les qualités objectives (si j'ose dire) des romans de Djian. A partir de là, c'est la subjectivité qui fait le reste, et si tu comprends réellement ce que j'ai écrit, c'est peut-être tout simplement que tu n'es pas sensible à la "petite musique" dont parlait notre amie Lily. Un peu comme moi avec je sais pas, le reggae (!) Je suis capable d'apprécier les qualités d'un album de reggae, mais je suis parfaitement incapable de vibrer en l'écoutant, c'est une musique (peut-être la seule) à laquelle j'ai l'impression d'être complètement extérieur, qui ne me touche absolument pas...

    Je ne crois pas qu'il y ait grand-chose d'autre à dire :-)

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  31. Ce commentaire me donne sacrément envie de lire Impuretés! Je suis depuis peu une adepte de Djian, de sa petie musique grésillante, aux multiples coupures. Mais comme lorsqu'on écoute un morceau qu'on aime à la radio et que ça capte mal, on a l'impression de n'entendre que le meilleur. C'est un peu ce que je ressens à la lecture de Djian, comme si il disait l'essentiel, sans s'embarasser. En cela il peu paraître dur, mais au moins il ne s'encombre pas du paraître et nous plonge directement dans ce qui fait la profondeur et parfois la noirceur de l'être.
    J'aime vraiment ce style coupé, fissuré et pourtant poétique, où une description en quelques lignes d'un coucher de soleil ou de la lande sous la tempête, cotoie des remarques sur les courses qu'il reste à faire, le chili qui cuit dans la casserole (37,2°!) ou les dernières parties de jambes en l'air sous les draps. Une écriture charnelle, à vif, qui ne laisse pas indifférent!

    Petite pub pour mon nouveau blogounet, qui parle de Djian déjà 3 fois! lemonde-dans-leslivres.cowblog.fr

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  32. Quelle jolie définition... il n'y a rien à ajouter - tout est dit.

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  34. Auteur médiocre protégé par la critique parce qu'étiquetté écrivain rock'n'roll.La littérature rock ça n'existe pas.

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